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Journal Spécial des Sociétés
Quel J.A.L. a 120 ans ?
Publié le 08/10/2018

1898. L’affaire de Fachoda ravive les tensions franco-britanniques.

Les émeutes anti-juives d’Alger ne cessent qu’après le départ du gouverneur Lépine. Djibouti devient française sous le nom de Côte française des Somalis. Les Turcs, présents en Crète, massacrent les chrétiens d’Héraklion. La Catalogne revendique son autonomie… déjà ! En Chine, l’impératrice douairière Tseu-Hi (Cixi) assoit son despotisme sur le trône mandarin. La fin de la guerre hispano-américaine permet à Cuba d’accéder à l’indépendance (sous protectorat américain). Cette année-là naissent Magritte, Gershwin, Borotra, Garcia Lorca, Arletty, Golda Meir, Enzo Ferrari, Bertolt Brecht. La Norvège accorde le droit de vote aux femmes. La capitale autrichienne, Vienne, inaugure son premier métro. La France construit le chemin de fer du Tonkin. À Paris, le premier salon mondial de l’automobile est organisé par l’Automobile Club de France au jardin des Tuileries, avec 232 modèles exposés.

Après la grande dépression économique, la prospérité revient et la croissance est au rendez-vous. Un Vosgien, Henry Boucher (1847-1927), a bien compris les enjeux économiques de son époque. Député vosgien, industriel du papier, opposé aux idées radicales, partisan de la liberté de conscience, grand défenseur des bouilleurs de cru, décoré de la Grand-Croix de l’Aigle Blanc de Russie et du Nicham Iftikar, ministre de l’industrie et du commerce et des P. et T., il fait voter en 1898 la loi Boucher sur l’organisation des chambres de commerce.

C’est donc en 1898, année propice, qu’est créé par René Leseur le Journal Spécial des Sociétés Françaises par Actions (JSSFA). Peu après, le préfet de la Seine, Justin de Selves (il sera plus tard ministre de l’Intérieur), désigne le JSSFA pour recevoir les annonces légales. Le prix d’une ligne est de 20 centimes.

Les annonces les plus diverses, généralement compendieuses, font l’objet d’une insertion.

On apprend ainsi en consultant les numéros de l’année 1900, que la Régie cointéressée des Tabacs de l’empire ottoman distribue 16 francs or à chaque actionnaire, contre le retrait du coupon n° 16, et qu’il y a un changement dans le conseil d’administration des Houillères de la Dordogne.  La Compagnie des pâtes à papier Lorentzen et Gutzeit est la première société à insérer ses statuts. Son activité industrielle durera plus d’un siècle ! Quant à la société des caoutchoucs de l’Orénoque, elle annonce son droit exclusif à exploiter des arbres à lait dans une région du Venezuela. Dans un numéro de 1901, on est ravi d’apprendre que la Société des micro-phonographes va « développer les inventions de monsieur Bettini ». 

Toutes les spécialités sont représentées : aussi bien les entreprises séricicoles que celles de tréfilerie ou de cuniculiculture !

Après la création du BALO et du BODACC en 1907, la loi du 17 mars 1909 sur la vente des fonds de commerce renforce l’importance des journaux d’annonces légales.

En juillet 1914, juste avant les milliers d’explosions qui vont dévaster le nord-est de la France, on lit une insertion de la Société d’exploitation des extincteurs à écume

Le Parfait…

Les hostilités amènent le JSSFA à suspendre sa parution. Le fondateur est en effet appelé sous les drapeaux. Ce brillant officier recevra moult décorations et citations pour son engagement au service de la patrie. En 1917, le JSSFA revient informer ses lecteurs. C’est l’année des batailles décisives, des mutineries, de l’entrée en guerre des États-Unis. Le numéro coûte 50 centimes. Le siège du Journal, qui était rue de la Chaussée d’Antin, est transféré au 11, rue Mogador.

René Leseur prend la plume : « À nos lecteurs : il nous a paru que nous devions prendre une part plus active encore que celle de l’historiographe à la renaissance industrielle et financière qui se prépare ». C’est ainsi qu’est mise en place une rubrique scientifique, dont la première est consacrée à la verrerie. Le maître-verrier Berlemont y fait le panégyrique de l’art du verre français et, s’il ne va pas jusqu’à révéler les secrets de la scramaison, met en exergue les appareils servant à la fabrication du verre, précisant : « tous ces instruments, les Allemands les ont copiés et changés de forme, sans avantages réels, mais jamais ne les ont remplacés ». Il conclut que l’industrie française du verre est la « première du monde ».

En 1917, dans le numéro du 14 mars, on publie une décision du gouverneur militaire de Paris selon laquelle « les petites annonces portant sur les locations, les objets perdus, les offres d’emploi et… les mariages doivent être soumises au visa préalable du commissaire de police du lieu de résidence de l’auteur de l’annonce ».

Après la victoire, les Français pimpenaudent et exultent. L’initiative, l’investissement, la créativité sont à l’ordre du jour. René Leseur fonde la Société de Publications et de Publicité pour les Sociétés (SPPS).

À l’époque, il n’y pas de tablettes numériques ! Mais le JSSFA invente en première page les tablettes juridiques. On y évoque les évolutions récentes de la jurisprudence. Dans le numéro du 27 juillet 1921, on découvre que suite à un arrêt de la Cour de cassation du 15 juillet 1920, « les marchandises expédiées en grande vitesse par train doivent suivre la voie kilométrique la plus courte » !… Et, le 17 août, un Avis est publié : « un concours pour l’attribution d’une fourniture de 200 000 sacs à dépêches en toile de jute est ouvert à l’Administration des Postes et Télégraphes » !

En 1926, René Leseur participe à la création du Syndicat National de la Presse Judiciaire. Il ne s’intéresse pas qu’au droit. Il aime le théâtre et dirige également un magazine de spectacles, « La Rampe », qui disparaîtra pendant la Seconde Guerre mondiale faute de papier pour l’imprimer. Il prend plaisir, dans « La Rampe » de 1937, à rendre compte du succès de Pierre Fresnay et d’Yvonne Printemps dans l’opérette « Les trois Valses » au théâtre Marignan.

En 1940, la France est occupée. Les Allemands réquisitionnent le papier. Le JSSFA, faute de support, doit cesser ses publications du 10 juin au 10 juillet. En raison de la pénurie, le Journal va imprimer sur du papier de récupération. Le nombre de pages diminue. La ligne d’annonce légale passe de 3,75 à 5,50 francs, et l’abonnement annuel coûte 120 francs. Le téléphone est Trinité 44-55.

Après la guerre, la France connaît les Trente Glorieuses. En 1946, le JSSFA publie 624 constitutions d’entreprises. En 1955, il en annonce 854 et en 1969 : 974 !

En 1953, l’entreprise, qui était jusqu’alors en nom propre, est transformée en société immatriculée pour la première fois au Registre du Commerce et des Sociétés.

En 1956, à la mort de son mari, Renée Leseur devient présidente de la SPPS, tandis que son fils Jean-René Leseur prend la tête du titre (il dirigera l’ensemble du groupe en 1962). Jean-René, qui aime les voyages et les longues promenades au bord de la Marne, est passionné par son métier et a coutume de dire : « j’ai trois enfants, un fils, une fille… et mon journal » !

L’évolution législative, la modification du régime de l’annonce légale, la division de la Seine et de la Seine-et-Oise en 7 départements, les règles de diffusion minimale obligent à des regroupements et amènent le JSSFA à s’associer, entre 1957 et les années 90, à plusieurs autres titres, en utilisant parfois des supports communs, mais en conservant son indépendance.

En 1985, Jean-Claude Leseur, petit-fils du fondateur, un amoureux de la mer qui se détend lors de belles balades familiales en bateau, homme de relations, jovial et aimant le contact avec les autres, devient PDG du titre qu’il métamorphose avec son épouse Charlyne et qu’il installe 16, rue de Naples à Paris. En 1992, le JSSFA forme un GIE temporaire avec la Gazette du Palais, dirigée par Jean-Gaston Moore (1924-2016). Ce dernier, avocat, membre du Conseil de l’Ordre en 1968, maire de Criquebœuf de 1965 à 2008, pour qui le temps n’est qu’« un défi », homme d’une grande courtoisie qui fédère tous les acteurs du monde judiciaire, excellent rédacteur, est un homme de bon conseil, d’une grande puissance de travail, qui s’investit tellement qu’il a installé un lit à côté de son bureau !

Entre 1995 et 2000, le JSSFA s’installe 8, rue Saint Augustin, crée son logo officiel, accueille l’Association Française des Juristes d’Entreprises, est le premier Journal d’Annonces Légales à recevoir la certification ISO 9001 pour l’ensemble de ses prestations et crée le flash info annonçant les évolutions du droit ayant un impact direct sur les annonces légales et les formalités. En 2001, Charlyne Leseur succède à son mari qui prend sa retraite. Elle crée un site Internet et un département formation, une nouvelle publication mensuelle, le Journal des Sociétés, et réduit le titre du JSSFA, qui devient en 2006 le JSS. En 2009, sa fille, Myriam de Montis lui succède à la tête du JSS.

Un nouveau tournant s’opère avec la reprise du titre « Les annonces de la Seine » en 2015, un journal fondé en 1919 par René Tancrède, qui rend compte des évènements importants du monde judiciaire et offre de nombreux services. En 1997, on y trouve encore l’exquise expression « levée des toques au Palais ». Magistrats et avocats franciliens (et au-delà) connaissent tous l’élégante silhouette de Jean-René Tancrède, petit-fils du fondateur, digne héritier de Théophraste Renaudot, qui arpente les Palais de Justice, sa sacoche en toile de reporter en bandoulière, son Nikon D 600 à la main, qui a succédé en 1980 à son père Roger.

Lors de la reprise des Annonces de la Seine par le JSS, Myriam de Montis souligne, le 4 juin 2015, qu’il s’agit d’ « un regroupement de journaux animés par une âme familiale et que le savoir-faire, l’expertise et l’humain d’un journal désormais acteur incontournable ont toute leur place dans la presse spécialisée française ».

Le JSS donne dès lors chaque semaine la parole aux acteurs du monde juridique et judiciaire. Ainsi, en septembre 2017, le journal publie des extraits des « grandes conclusions du parquet général de la Cour de cassation », véritable ouvrage de référence de 1245 pages, et rend compte du colloque associant hauts magistrats et universitaires organisé par le Procureur général Jean-Claude Marin évoquant « le rôle emblématique de l’avocat général au sein de la juridiction suprême », au cours duquel on apprend que, par la qualité de ses propositions, le parquet général, non seulement influence positivement la jurisprudence, mais convainc utilement le législateur quand une évolution législative est nécessaire.

Le JSS analyse, témoigne, explique, informe. Il rend compte des installations de magistrats, des rentrées solennelles, mais aussi des manifestations culturelles régionales. Des numéros spéciaux thématiques, tels cinéma, sports, vin, mode et tant d’autres sujets sont régulièrement proposés aux lecteurs.

Le JSS ? Une histoire de famille. Un travail d’équipe (en 1980, il y avait 12 salariés…ils sont désormais presque une cinquantaine). Des compétences. Des services multiples qui s’adaptent aux évolutions sociétales et juridiques. Un miroir plus que centenaire des créations d’entreprises. Des informations culturelles, des chroniques historiques, des comptes rendus judiciaires. Une information précise, rigoureuse et nécessaire. Bon anniversaire !

 

Étienne Madranges,

Avocat à la cour,

Magistrat honoraire

 

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