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Journal Spécial des Sociétés
5e Université du numérique du MEDEF - Quelle maturité digitale pour les entreprises françaises ?
Publié le 11/07/2019

La 5e édition de l’Université du numérique, sous le thème « Se transformer : mode d’emploi », a eu lieu le 20 juin dernier à la Station F, le plus grand incubateur de start-ups au monde. À cette occasion, le MEDEF et le BCG (Boston Consulting Group) ont présenté la première édition du baromètre de la digitalisation des entreprises françaises*. L’étude démontre que si la France est en tête dans plusieurs domaines essentiels de la transformation numérique, elle présente aussi des faiblesses.


 « J’avais lancé cette initiative en 2015 avec l’idée de participer à la transformation numérique de nos adhérents » a déclaré Geoffroy Roux de Bézieux, le président du MEDEF, qui a introduit la séance plénière de cette Université du numérique.


Ce dernier a rappelé que parmi les 174 000 adhérents du MEDEF, la plupart sont des entreprises, notamment des PME, qui sont concernées par la transformation numérique et touchées par la digitalisation de leur business model. Cependant, celles-ci « n’ont pas toujours les moyens, ni les compétences et les ressources pour se lancer [dans cette transformation] », a-t-il ajouté.


C’est pourquoi le MEDEF a un rôle particulier à jouer pour accélérer le mouvement des entreprises vers la digitalisation : « Nous avons un rôle bien particulier dans cet écosystème numérique. On n’est pas là pour accélérer le nombre de start-ups, on n’est pas là pour s’occuper du financement. » Pour lui, ce n’est pas l’écosystème numérique en général qui ne va pas en France, « ce qui ne va pas ou ne va pas assez vite, c’est la transformation numérique de nos PME ».


Pour remédier à cela, le MEDEF a donc mené une étude en partenariat avec le BCG afin de faire le point sur la transformation numérique des entreprises.


« On avait déjà lancé, à l’initiative de Christian Poyau, un diagnostic qui avait très bien marché », a rappelé le président du MEDEF. À l’époque, environ 20 000 entreprises avaient fait le diagnostic, ce qui est déjà pas mal, selon lui, mais « évidemment ça ne suffit pas. », a-t-il ajouté.


Pour organiser la 5e édition de l’Université du numérique du MEDEF, les organisateurs ont choisi pour la première fois la Station F, un lieu emblématique. L’alliance avec France digitale pour mener à bien cette aventure permettra en outre, a espéré le président du MEDEF, de « provoquer ce choc de la rencontre entre des start-ups, ou des start-ups matures, et des PME ».


Geoffroy Roux de Bézieux a expliqué qu’en général, quand on met face à face une PME et une start-up « on constate trois phases ».


D’abord la phase de sidération et de surprise de la PME qui se méfie de la présence de ce nouvel acteur. Cette attitude traduit une forme d’ignorance, a assuré Geoffroy Roux de Bézieux.


La deuxième réaction de la PME consiste à verrouiller, à fermer la porte en essayant de faire peser des lois sur ces concurrents digitaux.


« Maintenant je pense qu’on se dirige vers la troisième phase qui est la coopération »,
a déclaré le patron des patrons, qui estime que « les entreprises s’inspirent de plus en plus de ce que font les start-ups pour intégrer cela dans leur modèle ».


Après cette courte introduction, Vanessa Lyon, directrice associée en charge du business development et du digital pour le BCG France, et Christian Poyau, président du comité Transformation numérique du MEDEF et PDG du groupe Micropole, ont présenté le premier baromètre BCG-MEDEF qui évalue la maturité numérique des entreprises en France.





LE NUMÉRIQUE : UN ENJEU ÉCONOMIQUE ET GÉOSTRATÉGIQUE


Christian Poyau a commencé par présenter une vidéo présentant l’évolution depuis 1995 de la capitalisation numérique des entreprises dans le monde.


On constate une polarisation qui ne fait que s’accentuer dans le temps autour de deux géants : les États-Unis et la Chine. C’est pourquoi il est temps pour la France d’accélérer sa transition digitale, a préconisé le président du comité Transformation numérique du MEDEF.


D’abord parce que le digital est un enjeu économique majeur crucial, une opportunité pour toutes les entreprises françaises, quelle que soit leur taille, quel que soit leur secteur, quelle que soit leur implantation, mais aussi parce que désormais, il s’agit d’« un enjeu de souveraineté géostratégique », a assuré Christian Poyau.


Le numérique dépasse en effet les frontières purement économiques
En témoignent les échanges virulents récents entre les États-Unis et la Chine au sujet de l’opérateur Huawei et le marché de la 5G, dont le géant du numérique chinois a été exclu aux USA ; de même que l’annonce par Facebook du lancement de sa cryptomonnaie Libra dès 2020. Cette annonce suscite d’ailleurs de nombreuses interrogations : une entreprise privée peut-elle émettre des monnaies, ce qui était jusqu’à présent l’apanage des États ?


Le sujet de la cybersécurité pose également de nombreuses interrogations.


Dans ce nouvel écosystème, le MEDEF a plusieurs rôles à jouer, a affirmé Christian Poyau : aider les entreprises pour les inciter à évoluer, à faire des rencontres, et leur donner des clés de lecture pour qu’elles comprennent ce nouvel écosystème.


C’est l’objectif de l’étude BCG-MEDEF qui consiste en un panorama, un tableau de bord à 360° de la transformation digitale des entreprises françaises, a rappelé Christian Poyau.


Il s’agit d’une étude inédite et exhaustive, selon ses termes. En effet, les partenaires ont travaillé à partir de 60 cas pour obtenir une vision macro globale de la situation, et ont obtenu plus de 20 000 réponses de chefs d’entreprises.


« C’est la première fois qu’on a une vision globale à 360° de la transformation numérique des entreprises. Cela permet d’obtenir une vision exhaustive, et encore une fois d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur ce sujet » a commenté le PDG de Micropole, avant de céder la parole à Vanessa Lyon qui a évoqué la position de la France dans l’écosystème numérique mondial, et mis en lumière les différents leviers qui permettent d’accélérer la transformation digitale de nos entreprises.


 


UNE ÉTUDE INÉDITE ET EXHAUSTIVE


Pour établir ce baromètre, les organisateurs ont pensé à la métaphore de la course de vélos, au tour de France, soit à la logique d’une course par étape.


« La bonne nouvelle, vous allez voir, c’est qu’on est plutôt bien positionné dans le peloton », a indiqué Vanessa Lyon en préambule.


Cependant, « l’étude démontre que la position des différents pays évolue assez vite » a-t-elle ajouté. L’enjeu est donc de rester dans la course.


Pour le rester, il faut tout d’abord avoir des talents, « il faut des gens capables de faire du digital, des gens formés » a-t-elle déclaré. Surtout des ingénieurs et des chercheurs afin de « pouvoir toujours aller plus loin dans l’intelligence artificielle ».


Il faut également former des techniciens, a-t-elle ajouté, car « si vous voulez monter un site de e-commerce quand vous êtes une PME, vous avez besoin d’une personne capable d’administrer le site, quelqu’un apte à mettre en œuvre des stratégies de cybersécurité, mais aussi des gens capables d’administrer les données ».


Bref, la question des compétences est à penser à tous les niveaux. Les entreprises ont besoin de ressources à toutes les échelles.


Ensuite, « qui dit numérique suppose d’avoir accès aux données, d’être capable de les collecter et de les exploiter » a continué Vanessa Lyon.


Il faut en outre posséder suffisamment d’infrastructures réseau car les données doivent pouvoir circuler avec le bon débit.


Pour rester dans la course, il faut également un cadre précis afin de travailler au mieux, c’est-à-dire mettre en place des politiques incitatives « pour que l’ensemble des acteurs arrivent à se mettre en marche », mais aussi de bonnes conditions de sécurité.


En effet, selon la directrice associée en charge du business development et du digital pour le BCG, on ne pense pas assez aux enjeux de sécurité dans le monde du numérique : « la cybersécurité est encore un domaine qui n’est pas très bien maîtrisé. Certains parlent même de Far West » a-t-elle affirmé.


Pour élaborer ce premier baromètre de la maturité digitale des entreprises, les experts ont donc travaillé sur les cinq dimensions sus-évoquées, soit les talents, les infrastructures, les politiques incitatives, l’accès aux données et la cybersécurité.


Chacune de ces dimensions a nécessité de la part du groupe de travail de rentrer dans le détail, de se poser des questions très spécifiques pour savoir ce qui va suffisamment bien en France, et ce qui va beaucoup moins bien.


Concernant les talents, « bien sûr la question est la suivante : est-ce que je forme des gens de bon niveau ? » a affirmé Vanessa Lyon.


Sur ce point-là, l’étude du BCG démontre que la France est dans le peloton de tête. Cependant, le baromètre indique que nous ne formons pas assez de talents à la hauteur de nos besoins.


Ensuite, une fois que l’on a formé les talents, parvient-on à les garder ? « Cela n’est pas évident, car nous sommes dans un marché mondial », a indiqué Vanessa Lyon.


En ce qui concerne les infrastructures, il faut se demander si l’on a suffisamment de capacités d’investissement (au niveau du fixe et du mobile). Est-ce que les entreprises et les populations sont suffisamment équipées dans notre pays ?


Au niveau des politiques incitatives, la France fait-elle ce qu’il faut pour la recherche et le développement ? En tout cas, concernant « la technologie de soutien aux entreprises, voyez qu’on est plutôt en milieu de peloton » a montré Vanessa Lyon.


Sur les données numériques, celles-ci sont-elles accessibles, et dans quelles conditions ?  interroge l’étude.


Enfin, sur la cybersécurité, le cadre fixé par l’État est-il suffisant ? « Voyez qu’on est plutôt bien au niveau de ce que l’État propose, mais plutôt dans le milieu en ce qui concerne la façon dont les entreprises et les consommateurs vont évoluer dans ce cadre », a démontré Vanessa Lyon.


Quoi qu’il en soit, le baromètre indique de manière générale que la France possède des forces et à tout à fait le potentiel pour s’améliorer.


Par exemple, concernant la qualité de la formation, les écoles françaises sont très bien placées, « pas seulement au niveau des universités, mais aussi au niveau de la formation continue, et sur la recherche » a précisé la directrice associée. La France se situe en effet entre la 6e et la 7e position des principaux classements mondiaux dans le domaine de la formation.


Quant aux bons résultats au niveau de la recherche, selon Vanessa Lyon c’est le fruit du résultat du Crédit impôt recherche (CIR) mis en place dans l’Hexagone il y a deux ans.


« C’est ça qui nous place en troisième position, parce que les entreprises sont vraiment soutenues au niveau de la recherche, mais également au niveau des investissements, dans la robotisation. Ça nous permet d’avoir de l’avance sur l’accès aux données publiques » a-t-elle expliqué. En effet, 20 % de la R&D des entreprises en France est supportée indirectement par le gouvernement grâce à des incitations.


Le dispositif FranceConnect a également permis à la France d’avoir « un coup d’avance » sur la mise à disposition des données, a ajouté Vanessa Lyon. La France se classe ainsi en 2e position quant à l’accès aux données, et en troisième sur la disponibilité des ces dernières. Bien entendu, il faut ensuite savoir les exploiter.


Enfin, selon la directrice associée du BCG, c’est de la loi de programmation militaire que nous avons pu tirer notre capacité à maîtriser la cybersécurité. C’est pourquoi, dans ce domaine, la France est plutôt bien placée. Elle est en effet en 8e position pour l’indice global de cybersécurité, calculé par l’Union internationale des télécommunications (UIT).