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Journal Spécial des Sociétés
Cercle Turgot - Le macronisme, un mouvement en construction
Publié le 13/03/2018

Jean-Louis Chambon, président honoraire fondateur du Cercle Turgot, recevait Gilles Le Gendre, vice-président du groupe La République En Marche (LREM), à l’Assemblée nationale. Le député de Paris a exprimé sa perception de l’ascension fulgurante de la majorité au pouvoir et des challenges qui l’attendent.

 


Le macronisme est une doctrine en construction. Un des éléments les plus structurants de la démarche engagée, depuis moins de deux ans, par le président de la République, réside dans la promesse d’efficacité. Tout ce qui relève de la doctrine, de l’idéologie peut paraître secondaire, voire contradictoire avec cet engagement. Il faut éviter le risque de figer les choses, de revenir à une façon trop classique ou trop traditionnelle d’exercer et de concevoir la politique. Cette promesse occupe une position centrale.


Après avoir été incrédules, sceptiques, un certain nombre de cercles de dirigeants et d’entrepreneurs finissent par admettre que « le travail n’est pas trop mal fait ». Or, il faut reconnaître que l’efficacité de l’action publique a manqué à notre pays, toutes majorités confondues, depuis une trentaine d’années. Cela s’est traduit par une équation vue et revue, archiconnue : toujours plus d’impôts, de dépenses, de déficits, de dettes pour un bénéfice citoyen de moins en moins évident, perceptible. Un économiste dirait que nous sommes lourdement en rendement décroissant. Tous les Français l’ont compris, ils en sont choqués. Politiquement, la montée des extrêmes ou du populisme s’expliquent essentiellement par cette action publique inopérante. Le constat interloque d’autant plus que, pendant cette période, les acteurs privés et certains acteurs publics ont fourni des progrès de productivité diaboliques. Ce grand écart entre un État infructueux et les exigences de performance, de rigueur, pour tous les autres est devenu insupportable. Pourquoi l’électeur supporterait-il un rythme de travail effréné ? Dans le même temps, il subit le déclin de la qualité des transports en commun, voit l’éducation nationale dégringoler dans les classements internationaux, ses petits aléas de santé en zone peu peuplée sont un problème, le chômage explose… pour Gilles Le Gendre, son environnement est sombre. L’axe principal de l’action du chef de l’État est donc l’efficacité, mais ça ne suffit pas. L’exécutif n’entraînera pas le pays uniquement sur une promesse.


La construction de la doctrine débute. Le vice-président du groupe estime que La République En Marche est entrée en politique par effraction, une effraction légale, légitime, validée par les Français, mais une effraction malgré tout. Partant du constat que le clivage droite-gauche était probablement déplaçable mais, sans être tout à fait capable de dire par quoi le remplacer, le candidat Macron a eu la clairvoyance de comprendre que les anciens partis rivaux étaient suffisamment épuisés, essoufflés pour proposer aux Français une offre politique différente. Cette tactique a ouvert l’accès. En un peu plus d’un an, un homme de 39 ans, que personne ne connaissait deux ans plus tôt, s’est retrouvé à l’Élysée. Les Français lui ont donné une majorité improbable, composée à 80 % de personnes qui n’avaient jamais fait de politique. En quatre à cinq mois, un programme gouvernemental a été construit. Riche, cohérent, il est aujourd’hui mis en œuvre. C’est un exploit inédit. Aucun pays, à aucune époque n’a connu un tel destin. Beaucoup se plaisaient à dire que, pour être président de la République en France, il fallait échouer deux ou trois fois. Ce succès fulgurant n’a pas laissé le temps nécessaire à l’élaboration d’un socle pour solidifier et pérenniser le mouvement. Pour asseoir le programme, des lignes directrices ont été dessinées. Elles forment l’ébauche d’une doctrine :


La confiance dans le progrès est une chose de fondamental. Les mutations du monde qu’une majorité de Français vivent comme une menace peuvent se transformer en choses formidables. La menace écologique gravissime peut devenir une opportunité. La transformation numérique bouleverse les modèles économiques et génère un chaos, la mondialisation a créé des inégalités majeures, mais elle a très fortement élevé le niveau de vie générale de la planète, etc. Tenir ce discours en 2017, s’opposer aux théories déclinistes, c’était risqué et courageux. C’est un élément fondamental du macronisme qui ne cède à aucun angélisme.


L’Europe, à condition qu’elle évolue, est plus qu’une chance. C’est la condition indispensable à la mutation française et à l’affermissement de son leadership. Cet argument a été avancé pendant la campagne, alors qu’il aurait pu coûter très cher au candidat dans un hexagone généralement europhobe.


Il faut que la société favorise l’émancipation de l’individu. Chacun doit se prendre en main. L’intervention de l’État doit céder la place au marché et n’intervenir que de façon pointue, stratégique en anticipant le futur.


Le premier objectif s’appelle économie. Il s’agit de mettre fin au chômage structurel de masse durable, sachant bien que des pans entiers d’activité ne trouvent pas les compétences qu’ils voudraient recruter, tous secteurs confondus. Redonner à l’individu la possibilité de piloter sa carrière professionnelle, d’absorber les chocs inévitables que provoquent les transformations du monde, c’est mettre fin à beaucoup de déséquilibres de la société. Ce point névralgique dépasse largement le problème du marché de l’emploi pour toucher celui des banlieues, de l’immigration, etc.


Pour l’instant, le pouvoir se trouve encore au stade de la réparation, de la correction : ordonnance sociale, fiscalité du capital, crise des EHPAD, question pénitentiaire. Or, le gouvernement souhaite construire. Son grand défi consiste à entraîner tous les acteurs, comme par exemple les entreprises. Mais comment concilier l’indispensable verticalité du pouvoir et l’aspiration de participation des citoyens ? Les Français ne se dirigent plus aujourd’hui comme il y a vingt ans. La question de l’autorité du pouvoir exigera beaucoup de créativité et d’audaces.


Dix ans semblent un horizon raisonnable de transformation de la France et l’Europe. L’une ne va pas sans l’autre. Tout le monde a en tête une durée de cinq ans en raison de l’échéance électorale. Et pourtant, deux ans, c’est crucial, bien que trop court pour afficher des résultats spectaculaires. Car deux ans permettront d’inverser le cercle de la défiance en cercle de la confiance. Aujourd’hui, l’enjeu politique principal consiste à faire baisser le scepticisme, l’incrédulité, l’ironie profondément ancrés dans la population vis-à-vis de l’action politique. Sans cette inversion-là, avancer relèvera de l’exploit.


Les observateurs s’inquiètent de la montée du populisme populaire. Dans notre pays se sont amplifiées des fractures sociales, territoriales qui ont rendu la vie ardue à nombre de nos concitoyens. Ces personnes représentent les principales victimes de l’inefficacité publique. Cependant, on note, parallèlement, un populisme chic, pernicieux, celui des élites, qui distille son poison dans la société. Le pouvoir en place a la responsabilité de libérer l’économie, recréer de la richesse, et cela passe par redonner confiance en eux aux Français.


Le niveau national de chômage témoigne d’un échec économique, politique et social majeur. Sa valeur moyenne cache d’immenses inégalités. Des zones entières du territoire affichent un taux de chômage de 3 % ou 4 % quand d’autres se situent à 40 %. Ces contrastes nourrissent la désespérance et l’inégalité des régions. Depuis des années, les gouvernements luttent contre ce fléau en imaginant qu’une mesure unique va sauver l’ensemble, ce que Gilles Le Gendre appelle « leur pensée magique ». L’équipe maintenant en place agit sur plusieurs domaines simultanément : réforme du droit du travail, baisse des charges pour les entreprises et les salariés, investissement d’innovation, formation, réduction de la fiscalité du capital. L’ensemble du dispositif laisse pronostiquer un taux prudent de 7 % en fin de quinquennat.


Sur la dette, les engagements sont clairs, volontaristes et assez peu spectaculaires, à savoir (en unité de PIB), moins 5 points de dette, moins 3 points de dépense publique, moins 2 points de déficit, moins 1 point sur les PO.


Le Parlement européen connaîtra une échéance électorale importante dans deux ans. Réussir à cette élection permettrait de donner un coup d’accélérateur aux modifications de l’Union souhaitées par Emmanuel Macron. La liste nationale de LREM proposera un programme ambitieux sur les transformations à opérer, notamment sur le rôle à donner au Parlement. Le mouvement promeut également l’idée de listes transnationales qui présenteraient l’avantage de mettre fin à divers clivages nationaux historiques. Il faut d’abord retrouver l’adhésion des citoyens de tous les pays à la construction d’un projet commun et ensuite considérer une poignée de questions auxquelles on doit répondre à 27 : pilotage de la monnaie, budget commun, ministre des Finances européen, investissement à l’échelle du continent dans les domaines écologique ou numérique, protection commerciale objective…


 


C2M


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