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Journal Spécial des Sociétés
Dans quelle ville y a-t-il une Bâtonnière qui n’a jamais été avocate ?
Publié le 13/09/2018

Une colline wallonne. à Mons (Hainaut, Belgique). Un culte multiséculaire, celui de Sainte Waudru. Une Sainte née au VIIe siècle, canonisée sans procès en canonisation, fondatrice de la ville. Des religieuses, regroupées dans un chapitre noble composé autrefois de chanoinesses, avec à leur tête, outre un Abbé, une prévôte, une doyenne et une coustresse, cette dernière chargée de l’intendance, des luminaires, des sonneries, et de la conservation du trésor. Au 17e et au 18e siècles, la coustresse prend le titre de Dame Bâtonnière et se fait accompagner lors des cérémonies officielles par le Bailli du Hainaut. Une bâtonnière qui n’est donc pas avocate, et qui, ayant de tout temps été nommée Dame Bâtonnière, ne risque pas de se faire appeler Madame le Bâtonnier.


La vie de la cité hainuyère, traversée par une rivière, la Haine (nom d’origine germanique qui signifie « qui coule à travers les bois », et qui donne le nom de la province du Hainaut) mais aussi par la Trouille (cet affluent de la Haine y a été canalisé…) n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Ainsi, en 1572, la ville est envahie par les soldats espagnols du catholique Duc d’Albe et par les huguenots français. Les catholiques l’emportent. La répression s’abat sur les protestants, qui viennent en outre d’apprendre les massacres en France de la Saint-Barthélemy du 24 août 1572, déclenchés par les cloches de l’église parisienne Saint-Germain-l’Auxerrois. Commerçants, drapiers, tisserands de la cité arrosée par la Haine et la Trouille sont exterminés.


Heureusement, Jacques Du Brœucq échappe à la répression. Ce grand artiste montois, statuaire mais également architecte, à qui l’on doit plusieurs châteaux et de belles sculptures à Mons et Saint-Omer, avait abjuré le catholicisme et s’était mis au service de Louis de Nassau, prince calviniste ayant pris les armes contre le roi d’Espagne. Le voici contraint à un revirement salvateur, lors de son procès initié par les chanoinesses. Il sauve sa tête en abjurant le protestantisme. Pour sa pénitence (aurait pu dire un confesseur), il doit réaliser, dans la splendide collégiale Sainte-Waudru de Mons, une sculpture de… saint Barthélémy ! Taquin, il se représente lui-même !


à la fin du 17e siècle, Mons est assiégée et incendiée par les soldats de Louis XIV. Pendant la Révolution, elle devient française, dans le département de Jemmapes, après un discours enflammé de Danton dans la collégiale Sainte-Waudru. Envahie en 1914?par l’armée allemande, elle voit les troupes britanniques résister avec courage. Dans la nuit du 23?août 1914, les Anglais croient voir dans le ciel des figures ailées. L’armée allemande est momentanément stoppée. Ainsi naît la légende des anges de Mons, protecteurs des soldats alliés.


L’histoire riche et mouvementée de Mons est mise en scène chaque année au printemps durant plusieurs jours lors d’une gigantesque fête appelée la ducasse (un mot venant sans doute d’une déformation puis d’une métonymie de dédicace), ou encore le Doudou, du nom de l’air que l’on chante à cette occasion. La ducasse de Mons est inscrite au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO. Messe solennelle, cérémonie de descente de la chasse de Waudru dans la collégiale, processions en ville, les moments festifs se succèdent. Congrégations, clergé, bourgmestre et échevins, personnalités politiques, figurants jouant le rôle des anges ayant sauvé l’armée anglaise en 1914, hallebardiers et gardes suisses en grand uniforme, confréries… tous défilent avec leurs bannières, leurs crécelles et leurs symboles, qu’il fasse beau, qu’il vente ou qu’il pleuve. La chasse de Sainte Waudru est portée sur un carrosse appelé le Car d’Or, sorte de char de triomphe imaginé à l’origine par les chanoinesses du chapitre noble, qui est tiré par de solides chevaux ardennais, et qui est en outre poussé par la population dans une rampe jouxtant la collégiale.


La confrérie de Saint-Jean-le Décollé, riche d’une histoire de trois siècles, créée par le Prince Henri de Ligne, impressionne toujours petits et grands. Elle regroupe les beubeux, tous encagoulés et vêtus de noir. Les beubeux ne sont pas des personnes naïves au sens vosgien du terme mais des visiteurs de prison, des accompagnateurs de personnes incarcérées ou en voie de réinsertion. En vieux français, « beuber » signifiait « accompagner en marmonnant » ou « en se lamentant ». Dans le passé, les beubeux visitaient les condamnés à mort. Ils prêtent toujours un serment de conservation du secret et entretiennent un fort mystère autour de leur fonctionnement.


Le clou du spectacle est un combat opposant Saint-Georges, qui chevauche un destrier, et un dragon. Cet épisode, qui attire des milliers de spectateurs, porte le nom de Lumeçon. Saint Georges, qui sort toujours vainqueur, est assisté par 12 chinchins et le dragon est aidé par 11 diables qui brandissent des vessies de porc.


Les Montois aiment la fête, la couleur, le folklore et les rites. Ils possèdent en outre une relique civile : le caillou ! Il s’agit d’une pierre d’un cachot de la Bastille offerte par les Révolutionnaires français en 1792, sur laquelle une inscription rappelle que « les Français ont terrassé les despotes ».


Des anges, des beubeux, une Dame Bâtonnière qui n’a jamais été avocate, des diables (qui ont sans doute un avocat), des hallebardiers, la chasse d’une sainte… Des enfants pleins d’audace, des édiles loquaces, des organisateurs perspicaces, une ville entière qui se décarcasse… Il faut aller voir la ducasse !


Étienne Madranges,

Avocat à la cour,

Magistrat honoraire


 


 


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