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Journal Spécial des Sociétés
Les professions du chiffre à la rencontre des étudiants : entretien avec Isabelle Donnou, présidente de la Commission Avenir Jeunes et Attractivité de la CRCC de Versailles
Publié le 06/01/2020

Le 20 novembre dernier s’est tenue la 19e Grande Journée Pédagogique des professions du chiffre, une rencontre organisée par la Compagnie Régionale des Commissaires aux Comptes (CRCC) de Versailles. Ce rendez-vous a permis d’établir un moment de dialogue entre les Métiers de la profession comptable et les étudiants. L’occasion de s’entretenir avec la présidente de la Commission Avenir Jeunes et Attractivité de la compagnie et de revenir sur cette manifestation, mais aussi, plus largement, sur l’actualité de la profession et les évolutions à venir.


 


Le 20 novembre dernier, s’est déroulée la 19e Grande Journée Pédagogique des professions du chiffre. En quoi l’organisation d’une telle manifestation est-elle importante pour vous ?


Dans le prolongement des actions entreprises par la CRCC de Versailles depuis près de vingt ans, nous organisons cette Grande Journée Pédagogique pour échanger avec les jeunes, notamment ceux qui sont à la recherche d’une orientation professionnelle. Cette journée permet de présenter le métier de commissaire aux comptes (CAC) tel qu’il est, c’est-à-dire un métier d’une grande richesse et ouvert sur le numérique.


Depuis presque deux décennies maintenant, la formule a inévitablement évolué, et à plus court terme déjà, depuis que je suis à la tête de la Commission Avenir Jeunes et Attractivité – soit depuis trois ans –, je constate déjà ces transformations. On s’adapte naturellement à l’évolution du métier, notamment en matière de data, de cybercriminalité et dématérialisation. En effet, on n’exerce plus aujourd’hui comme on exerçait il y a dix ans. Notre programme s’adapte aux participants aussi, via les retours des questionnaires de satisfaction complétés en fin de séance. Nous tentons ainsi d’être proactifs en répondant au mieux à leurs attentes.


L’année prochaine se tiendra la 20Grande Journée Pédagogique, un anniversaire que nous allons assurément célébrer comme il se doit !


 


La profession peinerait à attirer la nouvelle génération. Comment expliqueriez-vous ce constat ?


Je pense que la principale raison s’expliquerait par un déficit de communication. De l’extérieur, notre métier est mal connu. On souffre d’une image poussiéreuse, désuète, et certains clichés continuent à coller à la profession. Nous sommes perçus comme des « sachants », drapés dans notre formation quelque peu « élitiste ». Pourtant, nous œuvrons pour nous ouvrir aux jeunes, mais à mon sens pas suffisamment.


Notre métier est passionnant, proche de l’économie et de la réalité. Notre faculté d’adaptation nous a permis de nous ouvrir aux nouvelles technologies, et cette qualité n’est pas assez mise en avant dans nos communications. Lors de la Convention Nationale de la Compagnie nationale des commissaires qui se sont déroulées les 7 et 8 novembre dernier à Lille, une intervenante canadienne a présenté une large campagne de communication lancée auprès des jeunes, au Canada. Ce fut une énorme réussite, et aujourd’hui, la profession n’est plus la même.


Nous restons trop restrictifs, trop orientés sur les professionnels chefs d’entreprise, alors qu’on devrait davantage communiquer, notamment auprès de la nouvelle génération. Il en va de l’avenir de la profession.


Aussi, l’organisation d’événement, comme la Grande Journée Pédagogique des professions du chiffre, participe à l’ouverture de la profession. Lors de notre manifestation du
20 novembre, de jeunes diplômés, qui ont une expérience de quelques années en cabinet, sont venus témoigner, à travers des sketchs ou des interventions plus classiques auprès des étudiants. Leur expérience concrète et récente raisonne directement auprès du public. Le tout est ponctué de vidéos institutionnelles, et d’ateliers de 10-15 minutes lors desquels des professionnels présentent une thématique en lien avec la profession (digitalisation – recrutement entretien d’embauche). Le but étant que le tout soit vivant et dynamique !


 


Quels sont les moyens mis en place par la Compagnie pour rendre la profession plus attractive ?


Avec la Commission Avenir Jeunes et Attractivité de la Compagnie Régionale des Commissaires aux Comptes de Versailles, nous intervenons à différents niveaux. D’abord auprès des futurs diplômés, avec notamment l’ANECS (Association Nationale des Experts-comptables et Commissaires aux comptes Stagiaires) et le CJEC (Club des Jeunes Experts-comptables et Commissaires aux comptes) – qui sont très dynamiques. Nous sommes partie prenante dans leurs divers évènements tout au long de l’année.


Auprès des étudiants ensuite ; tous les ans depuis près de vingt ans, nous organisons un tournoi Gestion organisé avec notre Institution et les écoles participantes qui relèvent de l’Académie de Versailles. Tous les élèves, de 1re année à la licence, peuvent y participer. Ce challenge, organisé par des professionnels, leur permet de toucher du doigt la réalité des entreprises. Ce défi se termine par un oral en fin de la journée, tenu par chaque équipe. Cela permet aux participants d’affuter leur analyse des entreprises et d’aborder des problématiques concrètes. 


Enfin, nous participons en parallèle à différentes portes ouvertes durant l’année, notamment dans les collèges, mais il est difficile de passionner les plus jeunes aux métiers du chiffre. Nous avons toutefois encouragé les confrères inscrits à la CRCC de Versailles et parents à également participer à ces évènements dans les collèges de leurs enfants, en venant présenter leur métier. Nous avons mis à leur disposition des plaquettes de présentation et des outils de communication. Bien que ces interventions restent assez confidentielles, nos confrères demeurent nos meilleurs ambassadeurs !


 


« La jeunesse, les “digital native”, l’a bien compris :
l’évolution de la profession se fera avec le digital ».


 

 


Quels sont les principaux cursus suivis par les étudiants pour exercer en tant que CAC ? À cet égard, quel regard portez-vous sur la formation telle qu’elle est offerte actuellement ?


Il y a schématiquement deux voies : celle que nous appellerons la voie « classique », avec le Diplôme d’Expertise-Comptable (DEC), le Diplôme Supérieur de Comptabilité et Gestion (DSCG) et le Diplôme de comptabilité et de gestion (DCG), puis l’inscription à l’Ordre. Ces diplômes sont tous reconnus, et l’intégration dans le monde professionnel est facile. Un stage en cabinet est aussi obligatoire, lequel permet aux étudiants de toucher à la réalité du métier.


Il existe aussi une autre voie, avec l’obtention directe du Certificat d’Aptitude aux Fonctions de Commissaire aux Comptes (CAFCAC). PACTE ouvrirait d’ailleurs à ces diplômés le droit à l’inscription au tableau de l’Ordre.


D’autres chemins sont possibles, car beaucoup de liens existent (via le master CCA (Comptabilité Contrôle Audit) par exemple, ou les écoles de commerce, ou même via un BTS, puis une licence DSCG pour rattraper ensuite au cursus « classique ». D’autant qu’à chaque étape, le diplôme est valorisé sur le marché du travail. Le commissariat aux comptes est une filière attractive, un diplômé trouve tout de suite du travail à la sortie de ses études. Le secteur recrute en permanence, et ce, même depuis la loi PACTE.


À mon sens, la formation devrait simplement s’orienter davantage sur l’utilisation des outils informatiques et la dématérialisation pour répondre au mieux au métier de demain.


 


La profession attire-t-elle aussi les femmes ?


La profession est très féminisée, mais une fois diplômées, celles-ci ne s’inscrivent pas à l’Ordre. Fréquemment diplômées aux alentours de 30 ans, elles privilégient la vie de famille et exercent davantage dans des structures où elles sont salariées plutôt qu’associées. Le ratio d’inscription à l’Ordre n’est donc pas représentatif : il comprenait 14 % de femmes il y a 25 ans, et en enregistre seulement 25 % aujourd’hui. PACTE envisage d’ailleurs de recenser désormais les salariés.


 


Quelles sont, selon vous, les qualités nécessaires pour exercer cette profession ?


Selon moi, trois qualités sont indispensables : le bon sens, la capacité à se poser des questions, et la rigueur.


Le bon sens d’abord, car être CAC, c’est être détecteur des forces et des faiblesses d’un projet ou d’une entreprise. Il faut savoir analyser les données, les flux, et comprendre le business model.


La curiosité ensuite. Nous nous devons d’être pertinents dans nos remarques pour faire avancer nos clients. Pour ce, il faut s’intéresser, au cas par cas, à l’entreprise et à son dirigeant. Dans notre métier, nous avons la chance de pouvoir découvrir différents secteurs, c’est très enrichissant. 


Et la rigueur enfin, inhérente à la profession.


 


La loi PACTE a vivement impacté la profession de commissaire aux comptes. Quel regard portez-vous sur cette réforme ?


La loi PACTE nous a imposé une remise en question qui nous oblige à repenser notre métier. Et c’est une bonne chose. Les jeunes de l’ANECS et du CJEC sont force de propositions, et ont une approche du métier revisitée qui nous impulse. Malgré les risques que la loi PACTE suppose, il faut que nous nous adaptions dans ce nouveau cadre.


 


Le numérique aussi vient modifier l’exercice de la profession. Comment envisagez-vous cette révolution digitale ?


La jeunesse – les « digital native » – l’a bien compris : l’évolution de la profession se fera avec le digital. Reste à nous de l’intégrer dans nos pratiques. Les entreprises utilisent déjà le numérique ; le CAC, en tant que partenaire privilégié du chef d’entreprise, se doit de maîtriser ces outils. Je me rends compte que les cabinets doivent pouvoir mener à bien un projet dans ces perspectives de dématérialisation. On doit être force de proposition, et donc s’approprier le numérique. Notre métier ne s’inscrit plus dans le fait de « tenir un livre », mais dans le data analytics ; on ne disparaît pas, mais on évolue et demeurons, pour les clients, un partenaire de conseil.


Mais comment s’adapter au mieux à ces nouvelles technologies ? La meilleure façon, selon moi, c’est d’établir un échange entre l’ancien et le nouveau monde. Il s’agit d’un grand partenariat entre les jeunes, qui ont déjà intégré ces nouvelles pratiques mais qui sont en manque de maturité professionnelle, et les CAC expérimentés, novices sur ces nouveaux outils mais qui connaissent le métier. Cette relation intergénérationnelle alimente aussi le lien entre les anciens, qui transmettent leur expérience de l’analyse et leur approche du métier, et la jeune génération qui à leur tour les aide dans le traitement des données numériques. J’aime cette vision, cette complémentarité des générations. 


 


Comment imaginez-vous le CAC du futur ?


Je n’imagine plus le CAC avec une valise et ses dossiers papier à la main, mais avec un ordinateur portable ou une tablette. J’entrevois un professionnel qui sait gérer ses bases de données numériques, mais aussi la sécuriser et la sauvegarder. Un professionnel proche du chef d’entreprise aussi, car l’outil reste un élément qui permet d’être plus performant, toutefois, on ne peut pas fournir de la donnée sans être présent. La dématérialisation ne doit pas rendre le CAC inhumain. On aimerait qu’il soit jeune aussi. Les jeunes d’aujourd’hui comprennent bien les enjeux du métier et anticipent – même participent – à son évolution.


 


Quelles sont les prochaines réformes qui pourraient venir chambouler la profession ?


La profession a déjà été bien bouleversée par la loi PACTE. Cela nous a demandé une forte adaptation et une capacité à rebondir. Nous essayons de repenser la façon d’exercer le métier, en conservant nos missions, pour démontrer que le CAC demeure une valeur ajoutée même s’il n’est plus un passage obligé. Nous sommes un acteur de confiance, et serons toujours présents auprès des entreprises.


 


Quel autre métier auriez-vous pu exercer ?


J’ai toujours voulu être dans l’humain, kiné ou médecin, du moins dans la réparation des corps. Je suis aujourd’hui, dans un autre cadre, proche de l’humain, en étant conseil du chef d’entreprise, et m’investis aussi dans la « réparation » des sociétés. C’est une profession riche dans laquelle je m’épanouis.




Propos recueillis par Constance Périn


 


 


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