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Journal Spécial des Sociétés
Quel architecte frondeur offrant un débouché rare à un fondeur bragard décore plus de 140 bouches ?
Publié le 01/12/2019

Elles sont étonnantes et rétro. Elles sont protégées. Ce sont, à Paris, les bouches du métro. Elles ont longtemps eu leurs détracteurs puisque, plus de 30 ans après leur conception, la revue culturelle La Grand’Goule décrivait en juillet 1931 les « étonnantes entrées de métro évoquant des portes infernales sur lesquelles au lieu de lire simplement Bastille ou Châtelet, on imaginerait plutôt gravée la parole de Dante : “vous qui entrez ici, laissez toute espérance” ».



Le créateur du métro parisien porte un prénom rare et un patronyme accueillant. Ce polytechnicien se nomme Fulgence Bienvenüe ! Une station porte d’ailleurs son nom, à Montparnasse. Il travaille avec l’entreprise privée belge qui a obtenu en 1898 la concession du réseau ferré souterrain de la capitale, la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP), appartenant au baron Empain.


A la fin n du XIXe siècle, plusieurs capitales européennes disposent d’un réseau ferré souterrain. Or, Paris doit recevoir en 1900 les jeux olympiques et sa 5e exposition universelle. La création du métro devient urgente ! Adrien Bénard, président de la CMP, est un adepte de l’Art nouveau. Les accès en surface menant aux stations des nombreux tunnels qu’il creuse doivent, pour lui, refléter cet Art.


Il fait appel à un architecte-décorateur de 32 ans, Hector Guimard. Pour Fulgence, Hector est le bienvenu ! Car le talentueux décorateur fourmille d’idées pour rendre attractives les bouches du métro, tantôt par des édicules couverts, tantôt par des descentes non couvertes encadrées de grandes « libellules ».


Cet architecte contestataire, surnommé par ses congénères de l’École des Beaux-Arts le "Ravachol de l’architecture", s’est rendu célèbre, alors qu’il n’avait que 27 ans, par la construction en 1895 rue La Fontaine à Paris du Castel Béranger, un immeuble d’habitations à loyer modéré (toujours visible), dont il occupe le rez-de-chaussée à partir de 1897, primé au premier concours de façades de la ville de Paris, rendant enthousiastes ses premiers locataires dont le peintre paysagiste Paul Signac, inventeur (avec Seurat) du pointillisme. Guimard en a non seulement conçu la finition du ti et les hourdis, mais aussi la décoration, la mosaïque, la menuiserie, la serrurerie, la peinture, les vitraux, le mobilier !


Mais son art surprend parfois. Hector est ardent, déconcertant, parfois grandiloquent. Certains de ses contemporains le regardent avec circonspection. La revue des arts décoratifs écrit : « Il y a en lui un fond de sagesse. Qu’on lui laisse jeter sa gourme et se dégager des rêves fumeux. Il saura s’imposer. »