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Journal Spécial des Sociétés
« Il faut réintégrer nos aînés dans la société, au cœur des villes » - Entretien avec Maxence Petit, cofondateur des domiciles partagés Cosima
Publié le 25/08/2022 09:48
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Selon l’INSEE, le vieillissement de la population s’accélère depuis 2011. Jusqu’en 2040, la proportion des personnes de 65 ans ou plus devrait fortement progresser. La question de la prise en charge des seniors en perte d’autonomie est donc plus que jamais d’actualité. Privilégiant le « bien vieillir chez soi », Cosima est une entreprise à mission qui propose des domiciles partagés et accompagnés destinés aux personnes âgées en perte d’autonomie. Entretien avec son cofondateur, Maxence Petit.

 

 




 

Créée en 2020, Cosima est une entreprise dédiée au bien vieillir. Pouvez-vous nous la présenter ?

Nous avons créé fin 2020 notre entreprise, qui s’appelait au départ Colivio. Mais le nom étant trop proche d’une autre entreprise immobilière, nous avons donc fait le choix, début 2022, d’en changer pour éviter toute confusion, et de l’appeler Cosima.

Avant cela, je travaillais dans l’aide auditive, et ai vendu ma boite au groupe médical Urgo. Je me préparais à vivre une année sabbatique, mais mon projet a vite été écourté suite à une visite à ma grand-mère, dans son EHPAD. Dans le cadre de ma précédente activité, j’avais l’habitude d’être au contact des seniors, mais je ne m’étais jamais aperçu de l’impact de la vie en EHPAD sur l’identité et la dignité de la personne. En rendant visite à une personne proche, le prisme était alors différent. Obligée de se plier au rythme d’une structure, ma grand-mère s’était totalement oubliée. Il m’est alors apparu essentiel de proposer une solution de domicile alternative pour les personnes âgées. Un lieu capable d’individualiser l’accompagnement sans infantiliser les habitants. Il fallait à mon sens redimensionner ces lieux d’accueil à plus petite échelle pour préserver l’identité des personnes.

Ma première volonté était de permettre le maintien à domicile. En effet, si vous interrogez les seniors, 85 % déclarent vouloir rester chez eux. Cela nécessite toutefois la mise en place d’aides et d’un accompagnement qui supposent un engagement financier conséquent (entre 9 000 à 12 000 euros par mois pour une présence permanente). La solution était alors à mon sens de mutualiser cet accompagnement. Mais pas question pour autant de s’inscrire dans un processus de « ghettoïsation ». En effet, comme leur nom l’indique, les maisons de « retraite » sont fréquemment installées en « retrait » de la ville, en périphérie, et donc en dehors de la société, ce qui suppose que leurs habitants le sont aussi, en attendant la fin. C’est pourquoi nous mettons un point d’honneur à intégrer des lieux en ville et déjà existants. Il faut réintégrer nos aînés dans la société, au cœur des villes.

 

 

 

« Se définir comme entreprise à mission permet de déterminer un cadre à l’entreprise, qui ne recherche pas le profit au détriment de ses salariés ou de ses clients. »

 

 

 

Vous êtes une « entreprise à mission ». Dites-nous en plus à ce sujet !

Ce qui m’anime en tant qu’entrepreneur, c’est réussir à combiner une activité rentable à une action utile ; lier la profitabilité et l’impact. Lors de ma première aventure entrepreneuriale, j’étais déjà dans cette optique. On peut dire que j’étais une entreprise à mission sans le savoir, sans l’avoir réellement conceptualisé. Se définir comme entreprise à mission permet de déterminer un cadre pour lentreprise, qui ne recherche pas le profit au détriment de ses salariés ou de ses clients.

Car de mauvais réflexes peuvent rapidement arriver, et pour reprendre le scandale lié aux EHPAD, on peut facilement tomber dans de la « maltraitance » sans même le vouloir ou même s’en rendre compte. Fixer un cadre permet de s’assurer que l’activité commerciale ne se fait pas au détriment des habitants.

Le cadre fixé est engageant. Il est par exemple inscrit dans nos statuts. Nous avons également défini un certain nombre de critères à mesurer au moins deux fois par an, par la mise en place d’une enquête réalisée auprès des habitants et d’un questionnaire adressé aux auxiliaires de vie et aux proches des habitants. Cela nous permet de mesurer l’atteinte des objectifs fixés. Enfin, une fois par an, un audit externe est réalisé pour valider ou non le respect de la mission.

Il n’y a pas de contraintes à proprement parler, mais ce statut permet de créer une discipline, de garder l’essence même du concept et les valeurs de l’entreprise, sans tomber dans des fins purement marketing.

 

 

D’ici 2030, 150 000 places de logements pour seniors seront nécessaires. En parallèle, 85 % des personnes âgées souhaitent vieillir chez elles, une solution onéreuse et pas toujours facile à mettre en œuvre. Quelle alternative Cosima propose-t-elle ?

Le maintien à domicile est une priorité pour les Français et les pouvoirs publics. C’est en effet ce qui semble le plus souhaitable, mais parfois, certaines solutions sont à mettre en place pour répondre à la perte d’autonomie des seniors. Les logements ne sont en effet pas toujours adaptés, et l’accompagnement quotidien ou pluriquotidien n’est pas systématiquement possible, pour des raisons financière ou organisationnelle. Sans parler de l’isolement social auquel les personnes âgées peuvent faire face.

Cosima se présente comme une réponse complémentaire à l’EHPAD, qui va davantage se concentrer sur la très grande dépendance. Le GIR (groupe iso-ressources) évalue la perte d’autonomie de 1 à 6, 6 étant le stade d’autonomie le plus élevé. Notre service accueille principalement des habitants évalués entre GIR 3 et 4, des personnes pour qui l’EHPAD n’est pas réellement adapté. Cela permet alors à ces établissements de se concentrer sur les GIR 1 et 2, qui demandent un accompagnement plus poussé. Notre enjeu reste de pouvoir accompagner les personnes jusqu’au bout, sauf si leur état de santé demande un suivi médicalisé permanent. Dans ce cas-là, on les oriente vers des EHPAD. Pour rappel, la durée moyenne au sein de ces établissements est d’à peine 20?mois.

 




 



Comment sont conçus vos domiciles partagés ?

Nous ne construisons rien, l’objectif étant d’intégrer des lieux de vie dans des domiciles classiques pour que nos locataires continuent à vivre le plus possible dans la société. Nous travaillons avec des promoteurs immobiliers et mettons un point d’honneur à mixer les usages de l’immobilier pour coconstruire la ville de demain, une ville plus inclusive.

Notre investisseur immobilier achète pour notre compte et sur plan des espaces divisés en deux lieux de vie de 400 m2, chacun étant prévu pour huit personnes. Au sein de cet habitat, les habitants sont en location, ou plutôt en colocation, devrais-je dire. Une équipe d’auxiliaires de vie leur est dédiée, ainsi que la présence permanente d’une personne la nuit. Les frais de cet accompagnement sont mutualisés entre les locataires, qui signent un contrat d’accompagnement correspondant à 1/8e du prix. Ce dernier est un peu moins cher que les tarifs des EHPAD.

Les habitants conservent leur espace privé, avec la possibilité de profiter d’un espace de vie commune. Loin de l’infantilisation, les locataires cuisinent ensemble et font des activités en commun, ce qui participe au maintien de leur état de santé. Nous jouons sur cette émulation collective. Les habitants sont actifs, c’est un retour dans l’action. On développe aussi ce sentiment d’utilité sociale, un sentiment d’utilité à soi et aux autres, primordial pour tout un chacun.

On s’aperçoit également que ce sont des lieux de vie dans lesquels les familles des habitants prennent plaisir à venir. Cela constitue un réel témoin de réussite pour nous. Notre objectif est d’aller chercher le meilleur des mondes.

 

 

Comment expliquez-vous que, hormis en matière de retraites, la question du vieillissement de la population est absente des débats, notamment lors de la dernière campagne présidentielle ?

Nous sommes un pays de culture latine, pour qui le sujet de mort est tabou. Moins on en parle, mieux on se porte. Pourtant, il est urgentissime d’y répondre, car c’est maintenant que la décision doit être prise. Quelles valeurs communes souhaitons-nous porter ? C’est un vrai sujet de société. Il est question de dignité de la personne, de solutions d’hébergement, d’accompagnement, et même de droit à la fin de vie. Nous faisons face à un réel manque de ressources et de structures. À ce sujet, depuis cette année, Cosima fait partie, avec une quinzaine d’autres acteurs, du collectif « 150 000 en 2030 » visant à alarmer les pouvoirs publics sur les freins administratifs au développement de lhabitat partagé pour seniors.

 

 

C’est à Lourdes que vous avez ouvert, en septembre dernier, votre premier logement. Quels sont les premiers retours ?

Nous avons en effet ouvert notre premier domicile partagé à Lourdes. Cela s’est fait un peu par hasard, suite à une discussion avec une personne qui y développait un concept similaire au nôtre, mais destiné aux personnes porteuses de handicaps. Il se trouve que dans le complexe immobilier qu’elle allait investir, une surface était encore disponible. Nous nous sommes donc lancés ! Nous avons modifié les plans pour les adapter à nos besoins, puis avons dû nous adapter au temps immobilier qui est un temps très long, pour finalement ouvrir en septembre dernier. Ce domicile partagé s’est rempli immédiatement. Ici, nous accueillons huit habitants, qui ont en moyenne 90 ans. L’accompagnement est mutualisé avec l’habitat destiné aux personnes en situation de handicap.

Nous avons également reçu un très bon accueil de la ville et du Centre commun d’actions sociales, notre projet s’inscrivant dans la démarche de redynamisation portée par la municipalité ; un vrai dynamisme d’accueil avec une volonté d’inclusion. Les habitants peuvent par exemple profiter des solutions existantes proposés par la ville, et l’accès aux activités leur est également facilité.

Dans les faits, les résultats dépassent nos attentes. Les locataires sont remobilisés. Depuis leur aménagement, ils ont tous repris du poids, ce qui est un excellent indicateur pour nous.

 

 

Quel regard portez-vous sur le scandale qui touche aujourd’hui les EHPAD ?

Je dois avouer que les révélations faites ne m’ont malheureusement pas étonné. Mais je n’aime pas les généralisations, et tiens à rappeler que tous les EPHAD ne font pas n’importe quoi. Certains sont fabuleux, notamment en milieu rural.

La maltraitance vient aussi du manque de vision par les politiques. Que veulent nos aînés ? Et que voulons-nous pour eux ? Le sujet glisse sans être réellement pris en main.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la cellule familiale a explosé. La solution immédiate trouvée a été la construction de maisons de retraite ou d’EHPAD, pour répondre avant tout au besoin de volume, sans notamment préserver les âmes. Mais est-il raisonnable de concentrer 100 personnes au même endroit ?

Auparavant, trois ou quatre générations vivaient ensemble, dans la même maison. Aujourd’hui, notre société, plus individualiste, a tendance à se désintéresser de l’autre. À cela sajoute la problématique financière, et notamment de logement. J’habite à Paris, et il me serait par exemple impossible matériellement d’accueillir une personne âgée chez moi.

Dans les pays nordiques ou anglo-saxons, le sujet est traité de façon plus pragmatique, plus réaliste. Face à la situation, ils trouvent des moyens adaptés. Nous devrions nous en inspirer. La réponse est éminemment politique.

 

 

Quels sont vos futurs projets pour Cosima ?

Le scandale des EHPAD et la crise sanitaire ont provoqué une réelle prise de conscience. De nouvelles solutions sont attendues, il y a une réelle demande. Une cinquantaine d’implantations partout en France sont prévues d’ici 2025 : Enghien-les-Bains (95) et Saint-Cloud (92) en 2023, mais aussi Aix-en-Provence (13), Sannois (95), Draveil (91) ou encore Etiolles (91). Nous ambitionnons de concrétiser entre 10 et 15 projets par an, car le besoin est partout.

 

Propos recueillis par Constance Périn




 

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