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Journal Spécial des Sociétés
« Utilisons cette crise pour réinventer nos sociétés et rebâtir ensemble un monde meilleur » - Entretien avec Olivier de la Chevasnerie, président de Réseau Entreprendre
Publié le 29/04/2021 11:38

Réseau entreprendre entend contribuer à la création d’emplois et à l’émergence de PME en France et à l’International. 9 000 chefs d’entreprise expérimentés bénévoles – sur une communauté totale de 14 500 chefs d'entreprise – accompagnent les lauréats dans leur aventure entrepreneuriale, pour les aider à réussir leur création, reprise ou croissance d’entreprise. Comment le réseau s’adapte-il à la crise actuelle ? Et quels impacts la pandémie a-t-elle sur l’entrepreneuriat ? Entretien avec son président, Olivier de la Chevasnerie.

 



À l’heure de la Covid-19, comment Réseau entreprendre continue-t-il à accompagner les entrepreneurs ? Quelles sont les actions mises en place ?

L’accompagnement de Réseau Entreprendre auprès des entrepreneurs se poursuit, et ce depuis le début de la crise sanitaire. Toutefois, nous avons dû nous adapter sur la forme, c’est- à-dire sur la façon d’accompagner nos lauréats. Comme dans tous les secteurs, la pandémie nous a obligés avec le télétravail par exemple, à transformer nos modes de travail,  notamment  en  déployant de  nouveaux  outils numériques.

Mais l’accompagnement de nos lauréats est primordial. Aussi, ils ont toujours un premier entretien avec leur membre accompagnateur, mais celui-ci se déroule désormais souvent en visio. Les instructions de dossier, les échanges se font également à distance, quand les quelques entrevues en présentiel se déroulent dans le strict respect des gestes barrières. Le fond de notre mission n’a donc pas changé, seule la forme a été adaptée pour répondre aux conditions sanitaires.

Les comités d’engagement ont, quant à eux, rencontré un peu plus de difficultés. Au départ, nous avions fait le choix de les repousser, préférant qu’ils se déroulent en présentiel afin de préserver l’esprit d’échange et de convivialité qui nous anime, mais aujourd’hui, la crise dure, et nous avons dû là aussi les organiser en visioconférence.

Nous sommes actuellement en train de travailler à l’accompagnement collectif des clubs, réfléchissant à la meilleure forme à mettre en place pour répondre aux besoins des inscrits, avec notamment des projets d’e-learning.

Nous constatons avec plaisir que la crise n’a pas freiné les porteurs de projets qui sont toujours aussi nombreux et investis. L’envie de créer son entreprise est toujours là. Nous avons toutefois été contraints à réduire cette année le nombre de lauréats, afin de garantir un accompagnement toujours de qualité. Nos critères de sélection n’ont cependant pas changé. Nous nous intéressons en premier lieu à la personne et à son projet. Est-ce que le projet est -il viable et créateur d’emplois? C’est notre critère numéro 1, le porteur de projet fera-t-il un bon dirigeant ? Vient ensuite l’évaluation du montant du prêt d’honneur alloué en fonction des besoins et des critères mentionnés plus haut (une aide pouvant aller en moyenne jusqu’à 30 000 euros). Et enfin, le profil de l’accompagnateur. Nous continuons à nous intéresser à tout projet qui entend créer plus de cinq emplois dans les trois années.

 

 

 

La crise sanitaire nous invite à nous interroger. Quels enseignements tirez-vous de ce contexte ?

Avant la crise, lorsque nous rencontrions un porteur de projet « trop optimiste », nous avions tendance à le mettre en garde, en lui conseillant de bien évaluer les risques et de prévoir un plan B.

Aujourd’hui, la grande majorité des entreprises ont été frappées par cette crise que personne n’avait anticipée ni même imaginée. Toutes les entreprises ont donc dû rebondir, en mettant en place ce fameux « plan B ». Elles vivent aujourd’hui ce que l’on pourrait appeler un « crash test » en grandeur, avec une baisse de leur CA 20 %, voire pire. Elles sont amenées à se reconstruire, à se réinventer, en s’adaptant à de nouvelles contraintes et en intégrant de nouveaux modes de travail. Utilisons cette crise pour réinventer nos sociétés et rebâtir ensemble un monde meilleur.

 

 

Comment les entrepreneurs envisagent-ils l’avenir ? Sont-ils confiants ?

Aujourd’hui, à J+6 mois, les entrepreneurs sont plutôt confiants. Nous anticipons qu’ à partir de septembre 2021, la reprise pourrait être effective, les entrepreneurs se projettent donc à cette date. On s’attend à un fort redémarrage, à une forte accélération de l’activité quand la vaccination sera terminée. Les entreprises n’attendent que ça.


 

« J’ai la forte conviction que ce sont les entrepreneurs qui peuvent changer le monde. »

 


Je ne parle pas ici de ceux qui, depuis un an, voient leur établissement fermé, et qui vivent un véritable tsunami. Nous constatons une réelle souffrance dans les secteurs de la restauration, l’événementiel, le tourisme et l’hôtellerie. Face à cette fermeture administrative, l’État joue son rôle et doit continuer à soutenir ces secteurs sinistrés.

 

 

Qu’entendez-vous par « jouer son rôle » ?

J’ai la forte conviction que ce sont les entrepreneurs qui peuvent changer le monde. Ils dirigent leur société, en sont le propriétaire. Ils choisissent leurs clients, les valeurs qu’ils souhaitent défendre, les salariés qu’ils souhaitent recruter. Pour faire simple, ils donnent à leur boîte la connotation qu’ils veulent et qui leur correspond. Ils ont leur destin et celui de leur société entre leurs mains ! Leur rôle est de créer de l’emploi.

À leur côté, il y a l’État qui doit lui aussi jouer son rôle, c’ est-à-dire créer un environnement favorable au développement des entreprises. Le rôle de l’État n’est pas d’être actionnaire majoritaire d’une société, mais de créer l’environnement propice à l’éclosion des entreprises. Si on prend l’exemple actuel de la pandémie de Covid-19, le rôle de l’État est de mettre en place les conditions pour permettre aux entreprises de tenir pour une reprise rapide de leur activité, avec notamment la mise en place de la stratégie de vaccination.

Les rôles de chacun sont différents : celui de l’entreprise est de créer de la valeur ajoutée, et celui de l’État de créer les conditions pour y arriver.

 

 

Depuis le premier confinement, le monde du travail a changé, a évolué, avec notamment le déploiement du télétravail. Diriez-vous que la crise, comme un catalyseur, a accéléré les mutations ?

C’est certain ! Nous assistons à de nouvelles façons de vivre, à de nouvelles façons de consommer. C’était dans l’air du temps, mais la crise nous a mis au pied du mur, et nous a imposé une réflexion sur comment nous souhaiterions nous reconstruire.

Si je prends l’exemple de ma société, Sygmatel, le télétravail n’ était absolument pas la norme.. Puis, le 16 mars 2020, tout a fermé. Il a donc fallu s’adapter. Aujourd’hui naturellement, le télétravail fait partie des discussions, pour une mise en place dans le temps. Il en est de même pour l’utilisation des outils de travail, ou de la mobilité.

La crise a également créé de nouveaux métiers, notamment des métiers de proximité. On a vu naître de nouveaux modes de consommation, avec notamment le click and collect. Le circuit court s’est intensifié. Désormais, le consommateur parle de « son » commerçant de quartier.

Est-ce que cela sera durable ? Ces nouveaux modes ne remplaceront pas l’ancien business model, mais ils le modifieront assurément en partie. Le distanciel existe désormais dans la vie des entreprises, et les nouveaux métiers apparus durant ces derniers mois resteront.

Ce tsunami a accéléré les mutations et a eu le mérite de mettre ces sujets sur la table en démocratisant le débat.

Et j’ai la forte conviction que ce sont les entrepreneurs qui sont les mieux placés pour accompagner ce monde qui change.

 

 

La culture du rebond n’est pas tellement répandue en France. Pourtant, certains secteurs vont devoir se réinventer. Qu’en pensez-vous ?

Avec la crise, toutes les sociétés vont, dans leur courbe de croissance, noter une baisse due à la pandémie, en 2020 et en 2021. Toutes les entreprises présenteront donc une situation « d’échec », et vont devoir vivre cette culture du rebond. Elles devront notamment expliquer aux banquiers, aux investisseurs, aux actionnaires comment elles se sont adaptées à la situation. La culture du rebond s’impose donc à elles. Tout le monde a une histoire à raconter avec la Covid, et tout le monde va alors devoir rebondir. Cette crise permettra peut-être de mieux entrevoir l’échec et de promouvoir la culture du rebond, même si je suis convaincu que depuis plusieurs années déjà, la France, à l’image des États-Unis, avait déjà largement intégré ces notions.

 

 

Dans ce monde qui change, l’ « engagement écologique » apparaît aussi comme primordial. Cette priorité existe-elle auprès des entrepreneurs que vous accompagnez ?

À l’expression « engagement écologique », nous préférons celle de l’impact positif des entreprises.

Cette problématique est depuis longtemps présente chez Réseau Entreprendre. Nous accompagnons les entrepreneurs dans la création de leur entreprise, mais nous les aidons surtout à créer une belle entreprise ! Il y a trois ans par exemple, nous avons mis en place un programme, Impact +, pour aider et accompagner les entrepreneurs à se former à la culture de l’impact, en leur donnant les clés pour s’améliorer en mesurant leur impact environnemental et social. Ce fut un réel succès, qui répondait à une vraie demande.

Il y a 36 ans, Réseau Entreprendre a été créée pour répondre au chômage, avec la problématique suivante : « pour créer des emplois, créons des employeurs ». La notion de durabilité des emplois était déjà présente.

Aujourd’hui, cette dimension s’intègre parfaitement aux problématiques d’impact : en aidant ces entreprises, nous participons au développement des territoires de façon durable, en visant à répondre aux besoins de notre environnement, de notre écosystème.

 

Enfin, quels conseils donneriez-vous à ceux qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat ?

Je donnerai le même conseil qu’avant la Covid, même si celui-ci est encore plus probant aujourd’hui : ne vous lancez pas seul ! Rapprochez vous des structures d’accompagnement. Nous avons la chance, en France, d’avoir de nombreuses structures, qui correspondent à diverses formes de projet, et qui sont gratuites. Beaucoup de pays nous les envient. Quelle que soit la taille de votre projet, il y a une structure d’accompagnement qui vous correspond. Il faut savoir que la pérennité des projets accompagnés double, ce n’est pas négligeable.

N’hésitez pas à vous rapprochez des structures d’accompagnement, nous vous aiderons à faire en sorte qu’une belle idée devienne une belle entreprise !

 

Propos recueillis par Constance Périn

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