La lune de miel de la mondialisation du sport continue
Publié le 28/11/2022 à 16:36


C’est le constat de notre 20e étude annuelle « Sport et Nationalités ». Au zénith de cette lune de miel, le football. On peut le penser avec les joueurs étrangers présents dans les clubs. C’est le cas des vainqueurs des Coupes d’Europe Real Madrid et Eintracht Francfort. Au coup d’envoi de la finale de la Champions League, le Real Madrid a présenté trois joueurs brésiliens, dont le buteur du match Vinicius Junior, et un joueur uruguayen ; et en finale de l’Europa League, l’Eintracht Francfort a débuté avec un Malien, un Japonais, un Colombien et un Brésilien. Sans oublier bien sûr les Européens côté madrilène comme Karim Benzema (France) et Thibaut Courtois (Belgique), décisifs durant la saison et vainqueurs respectivement du Ballon d’Or et du trophée Yachine.

 

Après les clubs, les sélections emboîtent le pas. L’Argentine a remporté la Finalissima avec une équipe 100 % expatriée au coup d’envoi, comme le Sénégal dans la finale victorieuse de la Coupe d’Afrique des Nations contre l’Égypte, bien que certains dirigeants de clubs ne veuillent plus recruter de joueurs disputant la CAN !

 

La mondialisation de la Ligue 1 a été illustrée avec les trois premiers clubs du classement coachés par des entraîneurs étrangers : le PSG, 1er avec Mauricio Pocchettino (Argentine), l’OM, 2e avec Jorge Sampaoli (Argentine) et l’AS Monaco, 3e avec le Belge Philippe Clément. Même si le Français Bruno Genesio a été désigné meilleur entraîneur du Championnat pour la saison...

 

L’audace de franchir les frontières, courante pour les joueurs et entraîneurs, prend une autre dimension avec les grands événements dans de nouveaux territoires. C’est le cas du Mondial de foot qui se déroule actuellement au Qatar. Des innovations avaient déjà été réalisées avec les Mondiaux aux USA (1994), au Japon-Corée du Sud (2002), en Afrique du Sud (2010), ou l’Euro disputé l’an passé dans plusieurs pays européens. La Coupe du Monde féminine de foot 2023 va être organisée en Nouvelle-Zélande et en Australie. Et les Coupes d’Europe de rugby à XV vont accueillir des clubs sud-africains. Pourquoi pas l’Afrique du Sud dans le tournoi des Nations ?

 

La victoire par K.O. de la mondialisation sur le protectionnisme avec l’appui du droit communautaire

 

Pendant longtemps, le nombre de joueurs étrangers a été limité dans les clubs (par exemple à 2, à 3…), en application des réglementations fédérales qui imposaient des « quotas de joueurs étrangers ». Ainsi, lorsque le Bayern de Munich de Franz Beckenbauer battait en finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions l’AS Saint-Etienne de Jean-Michel Larqué le 12 mai 1976, le club bavarois ne comptait au coup d’envoi qu’un seul joueur étranger (le Danois Johnny Hansen) et Saint-Etienne n’avait aligné que deux joueurs étrangers (le Yougoslave Ivan Curkovic et l’Argentin Osvaldo Piazza). En 2022, les clubs européens en finale de Coupes d’Europe avaient plus qu’un joueur étranger. Les temps ont bien changé !

 

Lors des finales européennes 2022 de football, l’intention était clairement de gagner avec des joueurs étrangers, à l’instar de la finale Europa League Eintracht Francfort – Rangers FC : le 18 mai 2022, à Séville, l’Eintracht Francfort bat en finale de l’Europa League Rangers FC 1-1 aux tirs au but. Le coach autrichien de Francfort Olivier Glasner a fait débuter au coup d’envoi sept joueurs européens : trois Allemands (Kevin Trapp, le capitaine Sebastian Rode, Ansgar Knauff), un Français (Evan Ndicka), un Serbe (Filip Kostic), un Suisse (Djibril Sow), un Danois (Jesper Lindstrom), et quatre joueurs non-européens : un Malien (Almany Touré), un Japonais (Daichi Kamada), un Colombien (Rafael Santos Borré) et un Brésilien (Tuta). Côté Rangers, le coach hollandais Giovanni Van Bronckhorst a aligné au coup d’envoi neuf joueurs européens : trois Ecossais (Allan McGregor, Ryan Jack, Scott Wright), un Croate (Borna Barisic), quatre Anglais (Connor Goldson, le capitaine James Tavernier, John Lundstram, Ryan Kent) et un Finlandais (Glen Kamara), deux joueurs non-européens, tous deux nigérians (Calvin Bassey et Joe Aribo). Quant aux buteurs de la finale, il s’agit du Colombien Rafael Santos Borré pour Francfort et du Nigérian Joe Aribo pour les Rangers. Ce qui illustre la mondialisation des deux équipes.

 

Diverses décisions de justice ont permis aux clubs de constituer des équipes avec des joueurs étrangers en plus ou moins grand nombre, s’appuyant sur les textes communautaires (Traité de Rome, accords européens), d’une valeur supérieure aux droits nationaux et règlements fédéraux.

 

Les lignes « Maginot » (1) du sport ont explosé

 

Oui, elles ont explosé avec le droit de l’Union européenne et les sportifs sont allés devant la justice pour faire valoir leurs droits avant de décider d’en profiter très largement.

 

La Cour de Justice des Communautés a rendu, pour les joueurs communautaires, les arrêts Walrave (12 décembre 1974), Donà (14 juillet 1976) et Bosman (15 décembre 1995) qui a également ajouté l’illégalité des indemnités de transfert en fin de contrat. Puis pour les non-communautaires, diverses décisions de justice sont intervenues. Outre en France l’arrêt Malaja du Conseil d’État (30 décembre 2002) qui a concerné la basketteuse polonaise Lilia Malaja, la Cour de Justice a prononcé d’autres arrêts : Kolpak (8 mai 2003), Simutenkov (12 avril 2005), Kahveci (25 juillet 2008). L’arrêt Malaja a anticipé l’ « Europe politique » puisque certains États d’Europe de l’Est sont entrés dans l’UE plus tard, dont la Pologne (l’accord UE-Pologne était au cœur du litige Malaja), et a par ailleurs conforté la jurisprudence Bosman.

 

Des dirigeants insistaient sur les effets néfastes des décisions précitées en dénonçant une destruction de l’identité nationale et des sélections, une accélération des transferts, la concentration des meilleurs au sein de quelques clubs, le pillage des clubs formateurs… Que faut-il en penser ? Les juges ont appliqué le droit communautaire et ses principes : la liberté de circulation est un principe essentiel (Traité de Rome) (2), interdiction de la discrimination en raison de la nationalité en ce qui concerne les conditions de travail (accords). Malgré les critiques, la formation n’est pas toujours antinomique avec la mondialisation, une complémentarité existe et nous le voyons avec les équipes de France, Pays-Bas, Danemark, Portugal, Belgique. Et le Wall Street Journal de citer il y a quelques années, au sujet de cette dernière : « England has finally built a World cup contender : Belgium (3). » Les Bleus sont fort bien formés pour s›expatrier ensuite, et ce sont les meilleurs qui jouent, et là, la nationalité est indifférente. Quand Michel Platini jouait à la Juventus de Turin, l’on n’a pas entendu dire qu’il prenait la place d’un joueur italien… De même, Zinedine Zidane a tellement apporté au Real en tant que joueur puis entraîneur que son empreinte est très grande.

 

Les joueurs étrangers sont censés apporter un « plus » incontestable et prennent une place croissante. Ainsi, dans l’histoire du FC Barcelone, six joueurs différents sont devenus Ballons d’Or avec le club catalan, un seul a été espagnol (Luis Suarez) contre cinq joueurs étrangers : Johan Cruyff, Hristo Stoitchkov, Rivaldo, Ronaldinho et Lionel Messi. Les équipes sont de plus en plus cosmopolites avec des joueurs éparpillés en Europe (4). Le foot n’est pas à l’origine de la première affaire portée devant la Cour de Justice, c’est le cyclisme avec le règlement de l’Union Cycliste Internationale qui imposait la même nationalité du coureur et de l’entraîneur pour les courses à motocyclette, ce qui a été condamné par la Cour (arrêt Walrave, 1974). Le cyclisme a été assez précurseur dans la mondialisation avec ses coureurs australiens, colombiens, américains dans les années 1980, ce qui a popularisé encore davantage le vélo.

 

Par ailleurs, pas de perte d’identité ! Lors de l’audience de l’affaire Bosman (1995), l’avocat général de la Cour Carl Otto Lenz ne manquait pas de souligner que la participation de joueurs étrangers n’empêche les supporters d’une équipe de s’identifier à celle-ci.

 

L’expatriation des joueurs est-elle un gage de succès ?

 

Les duels entre joueurs étrangers de football font partie du spectacle sportif et sont nécessaires. En 2022-2023, il y en aura en Espagne : Karim Benzema (Real Madrid) – Robert Lewandowski (FC Barcelone) ou en Angleterre : Erling Haaland (Manchester City) – Darwin Nunez (Liverpool FC), ou encore sur les bancs : Pep Guardiola – Jurgen Klopp… Pour les TV, c’est tout bénef’ !

 

Les prises de position reviennent sans cesse pour un retour au protectionnisme et un candidat aux élections présidentielles en France a même demandé le retour des quotas de joueurs étrangers ! De telles prétentions peuvent-elles être réalistes ? Pas au regard des jurisprudences précitées et de l’actualité du football. De plus, Joseph-Antoine Bell, l’ancien capitaine de l’Olympique de Marseille et des Lions Indomptables du Cameroun, expliquait : « l’expatriation n’est qu’une situation géographique qui n’affecte pas le talent et, souvent, le confirme ou l’étale de manière indiscutable ». François Torres, l’agent de la basketteuse Lilia Malaja est clair : « ce que veut le public, c’est voir des joueurs se battre pour leur équipe, peu importe leur passeport ».

 

Le 24 octobre 2021 a été marqué par des « big » matches : Manchester United – Liverpool FC (0-5), FC Barcelone – Real Madrid (1-2) et Inter Milan – Juventus (1-1). Les joueurs étrangers y ont particulièrement brillé en inscrivant 10 des 11 buts. Impressionnant… Le seul but inscrit par un joueur national lors de ces affiches l’a été par Lucas Vazquez (Espagne) lors de la victoire du Real Madrid contre FC Barcelone (2-1) au Nou Camp (5). Quelques mois après, le club de Londres Chelsea remportait le 12 février 2022 la finale du Mondial des clubs contre Palmeiras 2-1 après prolongation. Le coach allemand Thomas Tuchel a aligné au coup d’envoi des joueurs de neuf nationalités différentes !

 

Quid de l’expatriation au féminin ? Le football féminin ne peut pas faire l’économie d’une internationalisation, et il y a quelques années, l’étude Legisport avait pointé une augmentation des joueuses étrangères dans le Championnat français de D1 féminine : 10,84 % en 2016-2017, 18,24 % en 2017-2018 (cf. Legisport n° 140). Récemment, une joueuse qui a évolué en amateur précisait : « si on veut un grand championnat, les étrangères doivent être là ». À l’intersaison, le PSG a recruté la Hollandaise Lieke Martens, désignée meilleure joueuse de l’Euro 1997, et l’Australienne Lydia Williams. L’Olympique Lyonnais n’a pas hésité à recruter les célèbres joueuses américaines Megan Rapinoe et Alex Morgan. La Norvégienne de l’OL Ada Hegerberg est la grande vedette du Championnat de France féminin.

 

L’Olympique Lyonnais a fait sensation en remportant une 8e Ligue des Champions contre le FC Barcelone 3-1 le 21 mai 2022 à Turin. La coach Sonia Bompastor a aligné au coup d’envoi six joueuses françaises et cinq joueuses étrangères. Après le premier but d’Amandine Henry, la Norvégienne Ada Hegerberg et l’Américaine Cataina Macario ont scoré.

 

Avec le succès de la sélectionneuse néerlandaise Sarina Wiegman à la tête de la sélection féminine anglaise (« Wiegman is our wonder woman », titrera Kathryn Batte dans le Daily Mail, le 1er août), l’Euro 2022 n’a pas échappé à l’internationalisation, même si, lors de la finale Angleterre–Allemagne à Wembley le 31 juillet, remportée par les « Lionnesses », le onze anglais de départ a comporté huit joueuses du championnat anglais.

 

Et les sélections ? Les années se suivent et se ressemblent. Lors de la finale du Mondial le 15 juillet 2018 à Moscou, la France et la Croatie avaient présenté dans leur équipe 10 et 11 joueurs expatriés au coup d’envoi. Exceptionnel.

 

Après l’Euro raté, la France rebondit. Le 10 octobre 2021, l’équipe de France de football a remporté la finale de la Ligue des Nations à Milan contre l’Espagne. Didier Deschamps, champion du monde en tant que joueur et entraîneur, a aligné au coup d’envoi un onze de départ pour la plupart expatriés. Luis Enrique, coach de l’Espagne, a aligné au coup d’envoi un onze de départ moins « international » avec trois pays représentés contre cinq pour la sélection française.

 

Quant à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2022, précisons que le football africain repose sur la mondialisation. Cette mondialisation a été réelle le 6 février 2022, lorsque le Sénégal a remporté la finale de la CAN contre l’Egypte 0-0, 4-2 tirs au but. Aliou Cissé, le coach du Sénégal, a aligné au coup d’envoi un onze de départ 100 % expatrié. Et la France, dans ce succès à la CAN ? « Les Parisiens envoient le Sénégal en finale », a souligné une dépêche AFP. Un nouvel accord a été signé le 15 avril 2021 entre l’Union européenne et les États ACP (Afrique Caraïbes Pacifique), mais y aura-t-il à l’avenir moins de joueurs expatriés ? Récemment, le président du club de Naples a déclaré, lors d’une émission diffusée par Wall Street Italia, souhaiter recruter des joueurs africains qui s’engagent à ne pas disputer la Coupe d’Afrique... Pas très sérieux, tant on sait l’importance du foot africain en Europe, et Sadio Mané a été désigné en juillet meilleur joueur africain devant Mohamed Salah et Edouard Mendy.

 

Rugby : les raisons du come-back du « french flair »

 

L’année 2022 du rugby tricolore, fort réussie, est prometteuse pour le XV de France, à quelques mois de la Coupe du monde de rugby 2023 (8 septembre – 28 octobre). Lors du tournoi des VI Nations (5 février-19 mars 2022), Fabien Galthié a « brisé » la série des sélectionneurs étrangers vainqueurs du Tournoi et est le grand gagnant de l’épreuve avec le XV de France, victorieux à domicile de l’Italie (37-10), de l’Irlande (30-24) et de l’Angleterre (25-13), et également à l’extérieur en Ecosse (37-16) et au pays de Galles (13-9). C’est également le premier succès de la France dans l’épreuve depuis 2010.

 

Le 19 mars 2022, la France remporte son dernier match contre l’Angleterre au stade de France 25-13, lors du « crunch ». Fabien Galthié a su aligner les meilleurs joueurs du Top 14 pour la victoire. Le joueur de Toulouse Antoine Dupont a été élu meilleur joueur du Tournoi, ce qui corrobore son rôle déterminant. Il a remporté la distinction devant Gégory Aldritt et l’Irlandais Josh van der Flier.

 

Il faut aussi parler de l’impact de la formation. Il y a quelques années, la Ligue Nationale de Rugby a institué le dispositif « Joueurs issus des filières de formation ». Le 1er avril 2019, la section du contentieux du Conseil d’État (6) a jugé notamment que les règles sont « indistinctement applicables, quelle que soit la nationalité de joueurs. Elles n’introduisent ainsi aucune discrimination qui serait directement fondée sur la nationalité », ajoutant que « les dispositions sont, en premier lieu, destinées à permettre aux joueurs formés sous l’égide de la FFR (…) de développer leur pratique de haut niveau et d’améliorer leurs chances de recrutement dans les clubs professionnels. Elles visent en second lieu à favoriser le développement de la formation des jeunes joueurs aux différents postes de jeu du rugby à XV en vue d’assurer le développement de ce sport et, par là même, la création d’un vivier de joueurs pour une équipe nationale compétitive ». Après le prononcé de l’arrêt, Emmanuel Eschalier, directeur général de la Ligue Nationale de Rugby avait souligné dans les colonnes du n° 140 de Légisport : « la LNR se félicite de cette décision… Nous pouvons d’ores et déjà en voir les effets à travers les deux Coupes du Monde U20 remportées consécutivement par l’équipe de France en 2018 et 2019. »

 

Pour les clubs français, les succès européens sont là. Le 27 mai 2022, le LOU (Lyon Olympique Universitaire) a battu le RC Toulon 30-12 en finale du Challenge européen avec comme entraîneur Pierre Mignoni, né à Toulon et ancien joueur de Toulon. Puis, pour la seconde finale, celle de la Champions Cup, le club irlandais du Leinster en était le grand favori mais le Stade Rochelais, coaché par l’irlandais Ronan O’Gara, a renversé, le 28 mai, le Leinster 24-21 avec un retournement de situation dans le finish. Ronan O’Gara a remporté dans le passé la Coupe d’Europe avec le Munster et le tournoi des VI Nations avec l’Irlande, et pour la finale, il a aligné un XV de départ composé de cinq étrangers et dix Français.

 

L’équipe de France féminine dispute la Coupe du Monde (8 octobre-12 novembre). Son parcours, lors du tournoi des VI Nations, a été prometteur avec une belle 2e place, devançant très largement le pays de Galles, 3e. Et la joueuse de Toulouse Laure Sansus a été élue meilleure joueuse du tournoi, succédant aux Anglaises Emily Scarratt (2020) et Poppy Cleall (2021) (7).

 

La France a battu l’Italie 39-6, l’Irlande 40-5 puis s’est imposée en Ecosse 28-8 et au pays de Galles 33-5, s’inclinant contre l’Angleterre 12-24. Lors de son dernier match à Bayonne le 30 avril 2022 contre les « Red Roses », premières du tournoi, Annick Hayraud, manager et Thomas Darracq, responsable du projet sportif ont choisi pour le coup d’envoi 15 joueuses du Championnat de France Elite 1. Présidente de Lille Métropole RC Villeneuvois, Laura Di Muzio précise dans Tech XV Mag (juin 2022) que « la fédération anglaise a professionnalisé le championnat, aidé les clubs financièrement à se mettre aux normes d’un cahier des charges précis et adossé un partenaire à la compétition. Et on voit bien le bénéfice qu’en retire l’équipe nationale ».

 

Basket : les paniers de l’international

 

Pourquoi une telle affirmation ? L’hommage rendu à l’entraîneur serbe Dusan Ivkovic décédé le 16 septembre 2021 le prouve. La carrière du technicien yougoslave, vainqueur du Championnat du monde 1990 et de plusieurs Coupes européennes, démontre qu’il a brillamment réussi dans plusieurs championnats européens, tout d’abord dans son pays (Partizan Belgrade) puis en Grèce (Paok, Olympiakos, Aek), en Russie (Cska et Dynamo Moscou).

 

Le 17 juin 2022, lors du 6e match de la finale NBA Boston Celtics - Golden State Warriors, les Warriors ont conquis leur septième titre de Champions en battant les Celtics 103-90. Le coach américain Steve Kerr a fait évoluer au cours de la saison le plus souvent un cinq de départ 100 % américain  : Stephen Curry, MVP de la finale, Klay Thompson, Draymond Green, Kevan Looney et Andre Iguodala. Au sein de cette équipe, l’Américain Stephen Curry est le joueur phare depuis des années et a été éblouissant lors des matches de la finale contre Boston (34 points lors du match 1, 29 lors du 2, 31 lors du 3, 43 lors du 4, 34 lors du 6). L’entraîneur Steve Kerr a parfois fait confiance lors de la saison au serbe Nemanja Bjelica, mais notons les stats fort intéressantes du joueur canadien Andrew Wiggins, lequel a inscrit 26 points pour les Warriors lors du match 5 de la finale qui a été décisif.

 

Pour les compétitions en Europe, la finale 2022 de l’Euroligue démontre aisément l’impact des joueurs étrangers. Le 22 mai 2022 à Belgrade, le club turc Anadolu Efes Istanbul a remporté sa deuxième Euroligue consécutive en battant sur le score de 58-57 le Real Madrid, recordman de victoires de l’Euroligue. Cette finale est le sacre du Serbe Vasilije Micic. La France était fort représentée dans cette finale avec cinq joueurs : deux du côté du vainqueur (Adrien Moerman et Rodrigue Beaubois) et trois du côté du finaliste (Guerschon Yabusele, Vincent Poirier et Fabien Causeur). « Il n’est pas étonnant que le Real soit très internationalisé. Anadolu Efes, et les meilleurs clubs turcs d’une façon générale, utilisent également abondamment depuis des années de la main d’œuvre étrangère. Ce sont deux des clubs les plus riches d’Europe avec le FC Barcelone, et pour eux la stratégie est simple : ils achètent les meilleurs joueurs sur le marché en ne tenant compte de la nationalité qu’à la marge », précise Pascal Legendre, directeur du site Basket Europe.

 

Du côté des basketteuses, le 10 avril 2022, le club hongrois Sopron Basket a battu en finale de l’Euroligue le club turc Fenerbahce Safiport à Istanbul 60-55. Sur le parquet, deux franco-américaines étaient en finale : Gabby Williams (Sopron) et Bria Hartley (Fenerbahce). La franco-américaine Gabby Williams, MVP du Final Four a marqué 16 points, record de cette finale. Avant la finale, Sacha Rutard ne manquait pas de souligner sur le site Basket Europe que « l’internationale française a terminé 2e lors du vote pour l’élection de la Meilleure défenseure de l’année, elle a réalisé 37 interceptions, ce qui est un record dans la compétition et elle apporte aussi une contribution majeure en attaque ». Les joueuses hongroises ont inscrit 22 points sur 60 avec Zsofia Fegyverneky et Bernadatt Hatar.

 

Le 7 avril 2022, Tango Bourges remporte l’Eurocoupe contre le club italien Umana Reyer, 74-38, avec une forte majorité de points « français » !

 

Enfin, l’équipe de France féminine de basket a gagné la finale mondiale du 3X3 à Anvers le 26 juin 2022 face au Canada (16-13) avec quatre joueuses du Championnat de France : Laetitia Guapo (CJM Bourges Basket), Marie-Eve Paget (Basket Landes), Hortense Limouzin (Landerneau Bretagne Basket) et Myriam Djekoundade (Saint-Amand Hainaut Basket). Pour couronner le triomphe français, la joueuse de Bourges Laetitia Guapo a été nommée MVP de la compétition. Prochain objectif : la médaille d’or lors des Jeux Olympiques de Paris.

 

En handball, une géographie des buts guère surprenante

 

Le 30 janvier, à Budapest, la Suède bat l’Espagne 27-26 en finale de l’Euro avec un sélectionneur norvégien, Glenn Solberg. Ce dernier connaît le handball espagnol pour avoir porté les couleurs du FC Barcelone au début des années 2000. Les joueurs expatriés ne sont pas étrangers à ce succès suédois, à l’instar du gardien Andreas Palicka qui évolue en Allemagne au Rhein Neckar Lowen, décisif en finale avec 10 arrêts et un but marqué, et Jim Gottfridsson, handballeur du club allemand Sg Flensburg-Handewitt désigné meilleur joueur de l’Euro. L’Allemagne porte la « patte » de cette équipe en finale 20 buts « allemands ». Guère surprenant, car le coach Solberg a également évolué en Allemagne lors de son parcours de joueur…

 

Le FC Barcelone, entraîné par l’Espagnol Antonio Carlos Ortega, ancien joueur à grand succès du club, s’est imposé en finale de la Ligue des Champions contre le club polonais Vive Kielce à Cologne le 19 juin 2022 sur le score 37-35 aux tirs au but, s’adjugeant ainsi un 11e titre. Les points ont été inscrits majoritairement par les joueurs étrangers bien que le meilleur buteur du club en finale soit le national Aleix Gomez Abello (10). Le gardien espagnol Gonzalo Perez de Vargas a été décisif.

 

Si les joueurs espagnols ont inscrit 16 buts, la « patte » française a été efficace avec 15 buts (Dika Mem, Timothey N’Guessam, Melvyn Richardson et Ludovic Fabregas). Les liens qui unissent les Français et l’Espagne sont forts depuis plusieurs saisons et n’oublions pas que précédemment, ont été titrés Didier Dinart (BM Ciudad Real), Nikola Karabatic (FC Barcelone) et Cédric Sorhaindo (FC Barcelone).

 

Le 5 juin 2022, le club norvégien Vipers Kristiansand a remporté une deuxième finale d’affilée de Ligue des Champions d’affilée en battant 33-31 le club hongrois Gyori Audi Eto kc. Les joueuses étrangères ont été décisives au niveau des buts (26). Par exemple, les tchèques ont inscrit 12 buts, et les Norvégiennes, 7 ! Notons qu’en finale, quelques Norvégiennes du côté hongrois ont marqué contre Vipers. Cette « géographie » des buts ne surprend guère. Quelques mois avant ce succès, l’équipe norvégienne féminine de handball battait la France, championne olympique en titre en finale du Championnat du Monde 29-22 à Granollers (Espagne) le 19 décembre 2021. Si cinq buts ont été inscrits par Nora Mork, joueuse du championnat norvégien (Kristiansand), les autres scoreuses provenaient de la Roumanie, du Danemark et de la Hongrie.

 

Volley : les joueurs américains au sommet de l’Europe ?

 

Les joueurs américains ont le vent en poupe au sein des clubs européens de volley et sont présents dans les grands championnats. Cela ne date pas d’hier. Federico Ferraro, attaché de presse de la Confédération Européenne de Volley (CEV) nous donne les raisons : « Il n’est pas surprenant que les meilleurs joueurs et joueuses américain(e)s de volley évoluent en Europe ou même en Asie, vu l’absence de tout championnat national aux Etats-Unis. » « Alors que les tournois universitaires (notamment le championnat NCAA) sont très compétitifs, il n’existe aucune possibilité de poursuivre une carrière dans ce sport une fois que les athlètes terminent leurs études. Pour cette raison, il est presque inévitable qu’ils déménagent en Europe ou en Asie – un choix qui leur permettent d’évoluer dans les meilleures ligues nationales et dans les compétitions internationales les plus prestigieuses telles que la Ligue des champions organisée par la CEV » ajoute-t-il.

 

Le 22 mai 2022, lors de la finale de la Ligue des Champions à Ljubljana entre le club italien A. Carraro Imoco Conegliano et le club turc VakifBank Istanbul, trois joueuses US ont été alignées au coup d’envoi, une pour le club italien et deux côté stambouliote, considéré par le site worldofvolley.com comme « la meilleure équipe de l’histoire de la CEV Champions League (8) » avec cinq titres dans cette compétition depuis 2011. En 2021, lors de la même finale mais avec une issue différente, les Américaines Kimberly Hill et McKenzie Adams sont devenues Championnes d’Europe côté italien (Michelle Bartsch-Hackley était vice-championne d’Europe).

 

Chez les hommes, toujours à Ljubljana, le 22 mai 2022, lors de la finale de la Ligue des Champions entre le club italien Trentino Itas et le club polonais Grupa Azoty Kedzierzyn-Kozle, deux joueurs américains étaient dans le camp des vainqueurs polonais, David Smith, déjà victorieux en 2021, qui avait précédemment évolué en Allemagne, Espagne et France (Tours). Avant lui, d’autres américains ont réussi, comme Mathew Anderson, qui a été titré avec le club russe de Kazan, lequel a attiré William Priddy (qui a joué également en Autriche, Grèce, Turquie…)

 

Après l’or olympique (2021), la France gagne la Ligue des Nations en battant les USA le 24 juillet 2022 à Bologne. Le coach italien Andrea Giani, multiple champion du monde en club a fait débuter au coup d’envoi des joueurs d’Italie (4), de France (1), de Pologne (1) et de Russie (1) : Barthelemy Chinenyeze et Jean Patry à Milan, Earvin Ngapeth à Modène, Antoine Brizard à Piacenza, Nicolas Le Goff à Montpellier, Trevor Clevenot à Jastrzebski Wegiel et Jenia Grebennikov au Zenit Saint Petersburg (9). Les deux meilleurs scoreurs de la finale jouent en Italie : Earvin Ngapeth (Modène) et l’Américain Aaron Russell (You Energy Piacenza). Pour Federico Ferraro (CEV), « les meilleurs joueurs français évoluent surtout en Italie, et aussi en Pologne et en Russie, là où ils ont la possibilité de jouer des matchs très serrés et compétitifs du plus haut niveau technique et physique presque tous les week-ends ».

 

Tour de France : les cyclistes français dominés par la mondialisation du peloton ?

 

Particulièrement animé, le Tour de France 2022 restera dans l’histoire. Marqué par le duel entre le Slovène Tadej Pogacar, vainqueur en 2020 et 2021, et le Danois Jonas Vingegaard, deuxième en 2021, l’épreuve montre une fois de plus la domination et l’emprise de l’internationalisation du peloton et le recul des cyclistes français dans la victoire finale. Bernard Hinault est le dernier vainqueur français en 1985 et Éric Richard n’a pas hésité à publier l’année passée l’ouvrage Y a-t-il encore un Français pour gagner le Tour ?

 

22 équipes étaient au départ du Tour dont six françaises. La composition des équipes de Tadej Pogacar et Jonas Vingegaard, toutes deux internationales et favorites pour « placer » le vainqueur de la Grande Boucle, n’a pas surpris. L’équipe hollandaise Jumbo-Visma dirigée par Franz Maassen, ancien vainqueur de l’Amstel Gold Race, et Arthur van Dongen, a tout écrasé et donc porté le Danois Jonas Vingegaard à la victoire finale. Sans doute était-ce le « Tour des Danois » avec le départ à Copenhague, la capitale du Danermark. Outre le vainqueur, l’équipe se composait du Slovène Primoz Roglic, des Belges Tiesj Benoot, Wout van Aert et Nathan Van Hooydonck, du Hollandais Steven Kruijswijk, de l’Américain Sepp Kuss et du Français Christophe Laporte.

 

Alors que les coureurs italiens ont remporté cinq étapes au « Giro », le tour d’Italie (6-29 mai 2022), les Français n’en ont remporté qu’une seule au Tour de France ! Malgré la 4e place de David Gaudu au classement général, le bilan français est moyen. Au départ du Tour, les cyclistes français étaient au nombre de 32. Ils ont remporté une seule étape avec Christophe Laporte (la 19e), avec l’équipe hollandaise Jumbo. Les autres étapes du Tour de France ont été gagnées par des coureurs de nationalités différentes, à l’instar des Belges qui ont remporté six étapes (Yves Lampaert, 1re ; Wout Van Aert, 4e, 8e et 20e ; Jasper Philipsen, 15e et 21e), des Danois qui en ont gagné quatre (Magnus Cort Nielsen, 10e ; Jonas Vingegaard, 11e et 18e ; Mads Pedersen, 13e) et d’autres.

 

Les gênes de l’internationalisation figurent dès l’origine car l’Anglais James Moore a, d’après Wikipedia, remporté la première course à vélo jamais organisée à Saint-Cloud en 1868. Néanmoins, le premier Tour de France a été remporté par Maurice Garin en 1903, cycliste italien naturalisé français.

 

Michel Pautot,

Avocat au barreau de Marseille,

Rédacteur en chef de Legisport

 

 

1) André Maginot, homme politique français, plusieurs fois ministre de la Guerre, attacha son nom au système de fortifications construit par la France à partir de 1927.

2) L’Irlandais Pat Cox, ancien président du Parlement européen, ne manquait pas de souligner il y a quelques années : « la liberté de circuler, c’est l’âme de l’Europe » (https://www.letemps.ch/suisse/liberte-circuler-cest-lame-leurope).

3) https://www.wsj.com/articles/england-has-finally-built-a-world-cup-contender-belgium-1529314200

4) L’Observatoire du football-CIES précise dans son rapport de mai 2022 que « l’axe Brésil-Portugal constitue la principale route migratoire du football ». Récemment, SportLab’Iris analysait l’arrêt Bosman.

5) Le premier but madrilène a été inscrit par l’Autrichien David Alaba et l’Argentin Sergio Aguero a marqué pour le Barça. Le match Manchester United–Liverpool FC (0-5) est dans la légende du football anglais. Liverpool a été exceptionnel avec cinq buts à Old Trafford… avec cinq buts étrangers : Naby Keita (Guinée), Diogo Jota (Portugal) et Mohamed Salah (Egypte), éblouissant avec trois buts. À Milan, lors d’Inter-Juventus (1-1), l’Argentin de la Juve Paulo Dybala a répondu à Edin Dzeko (Bosnie).

6) L’arrêt a été commenté : « Le Conseil d’État a-t-il instauré la "préférence nationale" pour les sportifs professionnels ? », Thierry Granturco, Journal Spécial des Sociétés, 12 octobre 2019.

7) Parmi les Françaises primées, Jessy Tremoulière, sélectionnée pour le tournoi, a obtenu en 2018 le prix de la meilleure joueuse World Rugby.

8) https://worldofvolley.com/latest_news/cev/310042/cl-w-vakifbank-reject-egonus-39-points-to-win-european-title-and-become-best-team-in-champions-league-history.html

9) Sont entrés en cours de jeu deux joueurs du Championnat polonais : Stephen Boyer et Benjamin Toniutti, tous deux à Jastrzebski Wegiel et Quentin Jouffroy (Narbonne).

 

 

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