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Journal Spécial des Sociétés
Miss. Tic : « J’ai fait partie du transgressif, mais aujourd’hui, le street art a perdu cet aspect ».
Publié le 23/05/2022 12:04
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Ce dimanche 22 mai, l’artiste Miss. Tic est décédée à l'âge de 66 ans. Pour un numéro thématique consacré au street art (JSS n° 75 du 16 octobre 2019) réalisé par l’Institut Art & Droit, l’artiste au pochoir se confiait à Françoise Labarthe, professeure à l’Université Paris-Sud, Paris-Saclay et coordinateur scientifique de ce numéro. Quel rapport la célèbre artiste et poète urbaine, pionnière du mouvement en France, entretenait-elle au street art ? Entretien.  

 

 



Le terme « street art » vous convient-il ?

Mon amour de la langue française me fait préférer celui d’art urbain, mais celui qui s’impose est le « street art ». Il est compréhensible pour tout le monde. En réalité, ce qui est important, c’est que le mouvement soit nommé, ce qu’il est depuis les années 2005-2006, depuis l’arrivée de Banksy.

 


 

Comment envisagez-vous les rapports, d’une manière générale, entre l’auteur de street art et le droit ? Plus particulièrement, pouvez-vous m’expliquer votre ressenti par rapport au procès que vous avez connu et qui vous a condamnée ?

Ces rapports sont complexes. Mais lorsque l’on se retrouve face aux magistrats, il est impossible d’y échapper. Mes dessins dans la rue étaient faits en connaissance de cause. Ma condamnation par un tribunal correctionnel, puis par la cour d’appel, m’ont fait changer de stratégie. J’ai donc choisi de demander désormais les autorisations des propriétaires, en règle générale des commerçants, car il est trop compliqué de s’adresser à des copropriétaires d’immeubles.

L’important pour moi est de conserver ma liberté d’expression, ce qui signifie que je demande l’accord des propriétaires, mais ne leur révèle pas ce que sera mon dessin. Ils prennent le risque de l’inconnu. évidemment, ils peuvent repeindre leur mur si cela ne leur plait pas.

 

 


Quel est votre sentiment si le propriétaire repeint son mur ?

Bien sûr, cela serait désagréable s’il le repeignait très rapidement, mais j’entends qu’on puisse l’enlever. La rue, cela reste un travail éphémère, je suis favorable à cet état de fait. Les œuvres peintes dans l’espace public peuvent ne pas être pérennes.

 

 










Votre prise de conscience et votre changement d’attitude sont-il positifs ou négatifs ?

Ils sont positifs. Je devais travailler de nuit, et mon but n’était pas de provoquer la police. Il faut dire que j’en avais également assez de passer mes nuits dans les commissariats, ce qui n’est guère confortable, parfois humiliant ! Travailler en paix me semble désormais préférable et tout à fait conforme à mon envie de transmettre de la poésie.

 


 

Pensez-vous que l’art urbain participe d’une transgression, d’un interdit ?

Comme tous les mouvements, au début, ils sont transgressifs, puis ils deviennent officiels. J’ai fait partie du transgressif, mais aujourd’hui, le street art a perdu cet aspect. Bien entendu, le contenu peut être subversif. Ma pensée peut l’être, mais peindre dans la rue ne l’est que si c’est fait de manière sauvage et sans autorisation préalable.

 

 


Que pensez-vous de la reconnaissance de l’art urbain aujourd’hui ? Quelle évolution va-t-elle entraîner pour les artistes ?

La rue permet un coup de projecteur, mais aujourd’hui, c’est aussi devenu un marché et une économie.

 

 


Comment percevez-vous la vente d’une œuvre qui a été retirée d’un mur ?

Je le vis mal, car l’œuvre est altérée. Je suis contre et je pourrais m’y opposer en invoquant mon droit moral. Les œuvres ainsi retirées de leur contexte et vendues ne sont plus en situation, elles ne sont plus dans leur intégrité.

 

 


Quel lien avez-vous avec ceux qui photographient votre œuvre ?

Je laisse faire ceux qui les photographient pour les faire circuler sur les réseaux sociaux, mais je ne suis pas d’accord si mes œuvres sont exploitées, qu’il s’agisse d’illustrer des articles dans des revues, d’affiches, de cartes postales, etc. Notre droit en France est protégé, mais ce n’est pas le cas partout, par exemple en Allemagne, ce qui est regrettable.

 


Propos recueillis par Françoise Labarthe,

Professeure à l’Université Paris-Sud, Paris-Saclay



 

 


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