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Journal Spécial des Sociétés
« L’économie collaborative amène du sens, et c’est important aujourd’hui pour le consommateur qui se veut plus responsable » - Entretien avec édouard Dumortier, fondateur d’AlloVoisins
Publié le 13/12/2020 09:25

Depuis le 22 août dernier, l’humanité vit à crédit. Dans ce contexte de surconsommation, l'économie collaborative apparaîtrait-elle comme une réponse pour limiter notre impact écologique ? Notre façon de consommer aujourd’hui évolue indéniablement, aussi, l’ère de l’hyperproduction laisserait-elle place à une consommation plus responsable et plus humaine ? édouard Dumortier, fondateur d’AlloVoisins, est l’auteur du livre Le futur de l'économie collaborative, paru en septembre dernier aux Éditions Hermann. Entretien. 


 


En 2013, vous avez fondé, avec deux associés, la plateforme AlloVoisins, dont vous assurez aujourd’hui la direction générale. Comment est née cette idée ? Et comment expliquez-vous son succès ?


Sa créatrice partie d’un constat : actuellement, le monde dans lequel nous vivons connaît de nombreuses turbulences, qu’elles soient économique, financière, écologie, ou même sanitaire, avec la pandémie de la Covid-19. Toutefois, selon moi, nous ne vivons pas de crises, le monde est juste en mutation. AlloVoisins répond à cette mutation. Nous assistons à un changement d’ère de civilisation, et si nous voulons continuer à consommer, il faut faire évoluer notre façon de le faire. AlloVoisins ne se positionne pas comme un rejet de la société de consommation, mais accompagne les changements de la société, en consommant autrement. Ce n’est pas la fin de l’hyperconsommation, mais nous assistons, à mon sens, aux limites de la surproduction.


Lancer AlloVoisins n’a pas été simple, car il n’est jamais facile de créer ce type de modèle. Cela demande beaucoup de travail et d’abnégation. Il faut persévérer et croire en ce que nous faisons. Sans prédire son succès, nous envisagions toutefois un déploiement massif, car notre objectif était de toucher le plus de monde, partout sur le territoire.


 


Vous avez publié le livre Le futur de l'économie collaborative. Pourquoi cet ouvrage ?


Aujourd’hui, AlloVoisins, c’est 3,6 millions d’utilisateurs partout en France. Depuis sa création, la plateforme a connu une belle croissance et compte des membres sur l’ensemble du territoire national. Proportionnellement à la population, il y a autant d’inscrits à Paris, en Corse, ou à Strasbourg. Cette répartition lui confère une position d’observateur privilégié de l’économie collaborative, laquelle prend une place prépondérante dans le paysage français. Nous constatons aussi qu’il ne s’agit pas d’un effet de mode, mais d’un réel mouvement de fond qui bouleverse notre façon de consommer. Je trouve cela passionnant, et j’ai eu envie, à travers cet ouvrage, de partager ces informations avec les lecteurs.


 


 


« Consommer, c’est aussi donner un avis sur le monde  dans lequel nous vivons. On ne peut aujourd’hui  dissocier le consommateur du citoyen. »


 


 


Vous dites que l'économie collaborative, c’est « l’essor du système D ». Vous livrez dans votre ouvrage votre vision d’une croissance plus responsable où la propriété laisse place à l’usage. L'économie collaborative apparaît-elle comme une solution pour limiter notre impact sur l’environnement ?


Absolument. Objectivement, la première motivation des utilisateurs de l’économie collaborative est économique. Mais effectivement, il y a cette valeur ajoutée écologique qui n’est pas négligeable, et ce à plusieurs niveaux. Premièrement, en privilégiant la mutualisation des ressources, les utilisateurs de ces plateformes consomment de façon plus locale. De plus, l’économie collaborative est aussi un moyen pour lutter contre l’obsolescence programmée des produits. Enfin, cette nouvelle façon de consommer vise à développer la capacité d’usage des différents biens, en louant par exemple un produit. L’économie collaborative amène du sens, et c’est important aujourd’hui pour le consommateur qui se veut plus responsable.


 


Vous dites en effet que le consommateur d’aujourd’hui « revendique ses choix et s’émancipe des marques toutes puissantes ». Par ce biais, reprendrait-il le contrôle sur sa façon de consommer ?


Bien sûr. Vous savez, aujourd’hui, on constate une certaine défiance des citoyens envers les institutions et les politiques. Les gens croient de moins en moins en la valeur de leur vote, mais constatent que leur façon de consommer peut avoir du sens. Consommer, c’est aussi donner un avis sur le monde dans lequel nous vivons. On ne peut aujourd’hui dissocier le consommateur du citoyen.


Les grandes marques ont des difficultés à appréhender ce virage, car nous sommes sur des initiatives individuelles qui se regroupent en communauté. Il est donc compliqué pour elles d’avoir une prise sur l’individu. Ce modèle émergent alternatif est une concurrence nouvelle. Le patron du Boncoin, Antoine Jouteau, estime d’ailleurs que d’ici cinq ans, le marché de l’occasion aura pris le pas sur le neuf. Les grandes marques tentent alors de s’adapter à cette mutation. On retrouve notamment des initiatives dans le secteur du textile qui est en crise. À titre d’exemple, Vinted est un des principaux e-commerces de France, et compte 35 000 nouveaux inscrits par jour.


 


Location, troc, covoiturage… les usagers de l’économie collaborative semblent, via le digital, vouloir aussi rétablir du lien social. Outre ses services, l’économie collaborative ne prône-t-elle pas un retour à l’humain ?


L’économie collaborative possède bien sûr cet aspect humain, et crée du lien social entre des personnes qui partagent des valeurs communes. C’est le grand paradoxe du web qui est vecteur d’un monde globalisé, et qui, en même temps, permet de faire des rencontres localement.   


 


En cette période de crise, et avec la fermeture des commerces, avez-vous constaté un changement d’utilisation chez les membres d’AlloVoisins ?


La plateforme séduit de plus en plus de personnes, mais encore une fois, je pense surtout que les crises sont révélatrices de mutations qui sont en cours. La crise sanitaire que nous vivons a un effet accélérateur sur les évolutions que connaît la société.


Pendant le confinement, les membres d’AlloVoisins ont en effet utilisé la plateforme différemment. Les échanges traditionnels ont été affectés, mais nous avons constaté un réel élan de solidarité qui a bien fonctionné.


 


Enfin, quels sont vos projets à court et moyen terme ?


Notre priorité est de continuer à développer la plateforme. Nous travaillons sur de nouvelles fonctionnalités, notamment sur la dimension sociale, avec le développement d’un réseau social associé à AlloVoisins.


 


Propos recueillis par Constance Périn


 



 


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