Tribunal de Pontoise : « Bouche ouverte, langue sortie, c’était atroce »


lundi 16 juin 2025 à 08:173 min

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CHRONIQUE. En ce jour d’hiver, Stella a beaucoup trop bu. Les policiers qui l’ont interpellée alors qu’elle agressait un homme ont essuyé son courroux, ses insultes et ses menaces. Désolée mais sans aucun souvenir de cette soirée, Stella ne peut qu’admettre les faits.

Une grande femme de 29 ans aux cheveux ras se positionne, légèrement déhanchée, au pupitre de la salle pénale numéro 3 du tribunal judiciaire de Pontoise. Une juge demande :

« Est-ce que vous avez pu vous en souvenir depuis ?

- Non. Je me rappelle juste m’être réveillée dans une cellule.

- Vous étiez chez votre frère ?

- J’étais chez lui depuis la veille, on buvait.

-Vous vous souvenez de ce que vous avez bu ?

- Un peu de tout.

- Ça commence comment ?

- Une dispute avec une amie de ma belle-sœur, des insultes et après plus rien.

- Rien après ?

- À un moment, j’étais à l’hôpital.

- Ça vous paraît possible ou pas possible ?

- Que j’aie embrassé quelqu’un, ça ne me paraît pas possible, mais j’ai aucun souvenir. »

Stella est furibonde et débraillée sur la voie publique, ce soir de février, et s’en prend à son beau-frère. Les gendarmes appelés interviennent. Ils voient ses yeux vitreux et sentent l’alcool qui l’imbibe. Un gendarme est frappé, l’autre est mordu, encore un autre essuie des crachats. Dans la voiture, elle se débat et insulte. « Elle embrasse à pleine bouche l’un des militaires », lit la présidente. « Bouche ouverte, langue sortie, c’était atroce », témoigne le gendarme sur procès-verbal.

« Je ne suis pas violente, mais j’ai sale caractère »

A l’hôpital, elle menace : « Pétasse, salope, je vais te planter. A la sortie je vais te démonter », ce qui, aux violences et à la rébellion, ajoute des menaces de mort à la liste des délits qui lui sont reprochés, ce jeudi 15 mai, devant le tribunal correctionnel. La présidente lui demande : « Vous n’êtes pas de nature violente habituellement ?

- Je ne suis pas violente, mais j’ai sale caractère.

- C’est-à-dire ?

- Je suis très sanguine.

- C’est quoi votre fréquence de consommation d’alcool ?

- Occasionnelle, si y a une soirée.

- Vous vous rendez compte des faits que les gendarmes ont dû subir ?

- Je ne me rappelle même pas, je ne sais pas quoi vous dire. »

L’avocat des parties civiles lance : « Au lieu de consommer des budgets conséquents en alcool et en cannabis, elle pourra indemniser les victimes ! » et demande des dommages et intérêts conséquent. La procureure requiert 10 mois de prison avec sursis ; et Stella, qui se défend elle-même, panique : « Elle a dit 10 mois, je vais être enfermée ?

-    C’est pas ‘elle’, mais madame le procureur, déjà. C’est du sursis. Ça veut dire que c’est au-dessus de votre tête.

-    Je me suis pas excusée, alors je m’excuse. Je ne me rappelle vraiment de rien. Je suis pas comme ça d’habitude. »

Le tribunal condamne Stella à 10 mois de prison avec sursis. Elle devra payer en tout plus de 4 000 euros de dommages et intérêts.

Julien Mucchielli


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