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Journal Spécial des Sociétés
35èmes Journées de Paris : rupture technologique et bouleversements financiers
Publié le 12/01/2020

La rencontre annuelle des huissiers de justice a eu pour thèmes l’écosystème des smart contracts et des monnaies virtuelles, l’évolution de l’intermédiation, les offres contractuelles et cryptofinancières, l’impact de la blockchain. Nous nous sommes intéressés aux propos sur les monnaies virtuelles et les perspectives financières de Philippe Dessertine, directeur de l’Institut de Haute Finance.




Le professeur Philippe Dessertine est catégorique, l’humanité rentre dans la plus grande rupture technologique de tous les temps. C’est une révolution industrielle vers l’inconnu qui commence. Il prend un exemple :
« La situation est la même que pour les citoyens de 1900. À l’époque, Paris et sa banlieue rassemblait environ 1 million de chevaux. 30 ans plus tard, on n’en comptait plus que 4 000. Personne n’avait imaginé cette transformation et aujourd’hui, personne n’est capable de concevoir le Paris d’alors. La rupture donc est totale. »


La rupture technologique qui commence est colossale. Elle se double du problème de dérèglement climatique dénoncé par une jeunesse qui attend un changement de modèle de société. La rupture technologique en cours s’applique à toutes les professions, à commencer par des métiers sans rapport avec la recherche-développement (les chauffeurs de taxi) par exemple. Pour la première fois depuis longtemps, la mutation n’est pas d’origine énergétique, mais organisationnelle. La nouvelle logique impose une déconcentration peu énergivore. Les consommateurs ne sont plus rassemblés en un même lieu, ils commandent les produits directement qui sont livrés chez eux. Concernant les tiers de confiance, ils ne sont plus obligés de réunir les pièces d’un dossier dans un coffre unique, elles peuvent rester en sécurité dans leurs sources originelles distantes. Cette révolution s’appuie sur l’immense avancée des mathématiques. Car, fait majeur, les mathématiciens dominent les grands nombres depuis la fin du XXe siècle. L’approche nodale permet de traiter les Big Data en sous-ensembles et de regrouper les résultats. La conception d’algorithmes qui fonctionnent dans une architecture de nœuds imprègne notre civilisation par étapes. Il y a eu d’abord la digitalisation, puis l’intelligence artificielle, et ensuite la blockchain. Il nous reste sans doute quelques centaines de marches à gravir vers un futur inconcevable, imprévu. Il nous appartient d’être agiles, réactifs, d’oublier notre zone de confort.


La blockchain est un système algorithmique communautaire réputé inviolable parce que basé sur une puissance de calcul impossible à égaler. Elle a diffusé son influence en intégrant des monnaies virtuelles. Initialement, en 2009, le bitcoin est un actif conçu comme de l’or virtuel. Cet or inviolable s’adapte aux besoins de l’économie. En 2014, l’éthereum, nouvelle cryptomonnaie, ajoute à l’actif la possibilité de contracter ou de passer un ordre en totale sécurité (smart contract) avec une traçabilité permanente. Une partie des monnaies traditionnelles a été convertie en monnaies virtuelles. Les taux sont négatifs, la confiance vis-à-vis de l’argent classique, éloignée de la réalité économique, s’effrite. La cryptomonnaie, le bitcoin, finance un projet réel, il soutient une entreprise. En 2019, Facebook vaut 800 milliards de dollars (par comparaison Airbus, c’est 70 milliards de dollars) et fête ses 15 ans. En août, la société réfléchit au lancement d’une monnaie que tout utilisateur de Facebook pourrait utiliser, affranchi des situations de change et de la fiscalité. L’idée fait l’effet d’une onde de choc. Le projet Libra, validé par le département d’État américain, a été gelé par les autres puissances mondiales. Pour Mark Zuckerberg toutefois, ceux qui ne rejoignent pas la révolution des monnaies prennent le risque de disparaître. Il faut admettre que la rupture adviendra d’une ou de plusieurs nations, que les autres y participent ou non.


La blockchain bouleverse l’approche de tous les domaines, elle change les outils, elle automatise et ramène le facturable à la vente de compétence. La technologie pousse les professionnels à resserrer leur plus-value sur leur expertise, leurs études, leur expérience.


Par ailleurs, la suprématie du Monde est en train de changer de pôle, passant des États-Unis à la Chine. Espagne, France, Grande-Bretagne… note Philippe Dessertine, l’occupant de cette place varie au fil de l’Histoire. Jusqu’à présent, il était d’essence occidentale. La bascule, qui s’annonce pour le milieu du XXIe siècle au plus tard, signifie un changement profond des références : du droit, de la philosophie, etc.
La civilisation occidentale est issue de ses racines grecques et latines, d’idées antiques qui prônent la liberté de l’individu. En Asie, le principe central repose sur l’importance du groupe. De là naît une incompréhension génératrice de conflits commerciaux. Les Américains veulent imposer aux Asiatiques les règles du droit occidental telles la propriété intellectuelle. Propriété ? Le concept ne fonctionne pas si le groupe passe avant l’individu. La copie devient légitime pour que le groupe en profite. De même, l’Asie, 4,5 milliards de consommateurs, premier marché de la planète, privilégie la notion d’usage à celle de propriété. Le président chinois, conscient de nos différences, a récemment adressé sa relecture de la Déclaration universelle des droits de l’homme aux Nations unies.


Rupture technologique et changement de références du système mondial corrigent notre modèle de civilisation. Il faut accompagner ce mouvement, en être acteur et non pas victime.


 


C2M


 


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