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« Une voyante passe aux aveux » : entretien avec Valérie Fauchet, voyante et écrivain

« Une voyante passe aux aveux » : entretien avec Valérie Fauchet, voyante et écrivain
Publié le 02/11/2020 à 10:42

Valérie Fauchet a un don. Elle est médium (du latin medius : au milieu). En lien avec l’au-delà, des images s’imposent à elle, phénomène incompréhensible qu’elle confie au cours d’un entretien avec l’ancienne magistrate Marie-Noëlle Dompé, publié dans un livre Une voyante passe aux aveux, paru en 2019 aux Éditions Ipanema, et préfacé par le psychanalyste Claude-Éric Martin. L’occasion pour le JSS de l’interroger sur son don, mais aussi de questionner la relation qui réside entre le judicaire, le monde de l’entreprise, la psychanalyse et la voyance. Rencontre.

Vous êtes née médium Qu’est-ce que cela signifie ? Comment avez-vous « apprivoisé » votre don ?

Cela remonte à la petite enfance… et pour être honnête, je pense même que ce don existait déjà in utero. Depuis mon plus jeune âge en effet, je sens que je suis différente, mais ne sais pas pourquoi. Je me sens en connexion avec les être, les lieux, les objets. Cela s’exprime aussi au travers d’une hypersensibilité. À cette époque, j’avais déjà des « flashs », des images s’imposaient à moi. Je « voyais » les choses qui allaient se passer, mais je pensais que tout le monde disposait de cette faculté. C’est en le racontant à ma famille et à mes amis que je me suis rendu compte, voyant leur étonnement, que j’étais différente. La première réponse a été de m’isoler, de me museler. Pour me protéger, je me suis créé un autre monde, en ayant un rapport particulier avec les objets et en me plongeant dans l’écriture (je dictais à ma sœur des textes, des poésies et écriture automatique), comme un artiste le fait. C’était ma façon à moi d’exprimer mes émotions. « Il fallait que ça sorte », comme on dit. Il a fallu des années pour que j’apprenne à vivre avec cette différence. Aujourd’hui, j’ai appris à me « protéger » de certaines choses. Ce don fait partie de moi. À mon sens, on ne peut pas refuser la voyance, on apprend juste à vivre avec.

Le droit s’appuie sur des preuves concrètes et irréfutables La voyance, de son côté, fait davantage appel à la perception extrasensorielle Pourquoi avez-vous choisi de vous raconter à Marie-Noëlle Dompé, ancienne magistrate, avocate honoraire et amie, dans le livre Une voyante passe aux aveux ?

Tout a commencé lors d’un rendez-vous avec mon éditeur. Nous devions discuter d’un projet d’ouvrage, un roman. C’est lui qui m’a proposé de réaliser un livre sur la médiumnité qui prendrait la forme d’un entretien. Au départ, j’y étais opposée, je ne voulais pas faire ce livre, mais mon éditeur a insisté et m’a demandé d’y réfléchir. Quelques jours plus tard, j’ai mon amie Marie-Noëlle Dompé au téléphone et lui ai raconté cette discussion avec mon éditeur. Elle m’a proposé alors très naturellement de réaliser cet entretien. Elle était à la retraite et avait par conséquent un peu plus de temps à me consacrer pour me poser des questions. Ça a donc débuté ainsi j’en suis très heureuse et l’en remercie encore aujourd’hui. Elle a su me poser les bonnes questions, de sorte que je m’interroge à mon tour. Elle m’a d’ailleurs rappelé qu’il y a de ça plusieurs années, je lui avais confié qu’un jour, nous réaliserions un livre ensemble, je l’avais vu. Mais outre sa fonction de magistrat, comme vous l’évoquiez dans votre question, c’est surtout l’humanité de Marie-Noëlle Dompé et son ouverture d’esprit qui sont à mettre en lumière.

Le psychanalyste Claude-Éric Martin a préfacé votre ouvrage Était-ce votre idée ?

Tout à fait. J’ai demandé à mon ami Claude- Éric Martin de réaliser cette préface, ce qu’il a tout de suite accepté, et je l’en remercie encore une fois. Cela m’est apparu comme logique, voire indispensable. En réalité, c’était dans le prolongement des nombreuses discussions que nous avions auparavant eues sur le sujet, et des conférences que nous avions animées ensemble. Il ne faut pas cloisonner les disciplines. Pour nous, la psychanalyse et la voyance sont complémentaires. Je ne suis pas une diseuse de bonne aventure. J’aime profondément l’humain, et je cherche simplement à aider les gens à mieux vivre, – tout comme le fait Claude-Éric Martin –, en « voyant » parfois des choses du passé, qui bloquent la personne et l’empêchent d’avancer. Psychanalyse et voyance s’enrichissent, car l’objectif est commun : faire la jonction entre le conscient et l’inconscient.

Pensez-vous que lors d’une enquête policière, le recours à la voyance pourrait venir appuyer le travail des enquêteurs ?

Je suis tout à fait pour ! En effet, il apparaitrait à mon sens pertinent qu’au cours d’une enquête qui piétine, la voyance puisse venir débloquer la situation, car l’information viendrait d’ailleurs, au-delà du conscient. C’est une autre façon de réfléchir qui peut s’avérer utile lors des investigations. Il n’y a pas de vérité en tant que telle, aussi, cette aide viendrait en complément du travail des enquêteurs. Même si cet investissement peut être éprouvant pour le voyant, je serais tout à fait disposée à mettre mon don au service d’une enquête si on venait à me le demander. Si ma contribution peut faire avancer les recherches, je suis pour.

Vous dites qu’on ne choisit pas d’être voyant. Avez-vous toujours voulu mettre votre don au service des autres ? Vous n’avez toutefois jamais voulu en faire votre métier, pourquoi ?

Je suis auteur et écrivain, avant tout. Je mets simplement mon don au service des autres, sans vouloir en faire un business. Je transmets ce que je vois et ce que j’entends. Je suis le « canal », pour le dire simplement. D’ailleurs, outre les épisodes vraiment marquants (comme le 11 septembre ou les attentats du Bataclan, par exemple), je ne me souviens pas de mes prédictions. Ce sont mes amis qui me les rappellent quand elles confirment. J’en suis la première étonnée, car je ne m’en rappelle absolument pas, ce qui les amuse beaucoup.

On dit que les hommes politiques font parfois appel à des médiums Qui sont vos principaux consultants ? Y a-t-il des dirigeants d’entreprise ?

Bien sûr, même si peu osent le dire, les personnalités politiques sont sensibles à la voyance. Parmi les personnes (amis) qui viennent me consulter, il y a aussi des dirigeants d’entreprise. De façon générale, les femmes m’interrogent beaucoup plus que les hommes, et leurs questionnements concernent, en grande majorité, leur vie sentimentale. Les interrogations des hommes vont au contraire davantage concerner leur vie professionnelle et l’argent (lors d’un divorce, notamment). Les hommes sont plus en retrait, ont davantage peur de « perdre le contrôle », de lâcher prise. D’ailleurs, quand ils viennent me voir, ils disent souvent ne pas y croire. Je ne contrôle pas ce que je vois, mais mes « flashs » peuvent en effet concerner le domaine professionnel : j’ai par exemple eu un flash qui concernait ma banquière. J’ai vu qu’elle allait recevoir une proposition professionnelle intéressante… ce qui s’est confirmé, quelques semaines plus tard…

Tout le monde n’a pas ce don, mais pensez-vous qu’il est toutefois possible de développer son intuition ?

Absolument ! Aujourd’hui, on ne prend plus le temps d’observer, d’écouter, de s’installer tout simplement seul, à la terrasse d’un café, et regarder ce qui se passe. Rien qu’en étant attentif au monde qui nous entoure, on peut déjà recueillir beaucoup d’informations et développer ainsi son intuition. Nous sommes dans une société dans laquelle nous ne prenons plus le temps de nous ennuyer. Nous sommes en permanence connectés, accrochés à nos smartphones. Pourtant, malgré la prolifération des outils de communication, nous n’avons jamais aussi mal communiqué. Il faut observer la vie, être à l’écoute, s’intéresser à l’humain. C’est primordial.

Vous expliquez avoir souffert, à l’école, de cette différence Pensez-vous que l’image de la voyance a depuis évolué ?

L’image de la voyance a évolué, dans le sens où on en parle davantage. Cela intéresse tout le monde, tous les âges, tous les sexes, toutes les catégories. Toutefois, je m’aperçois que la voyante reste « cataloguée » comme telle. Lors d’un dîner, par exemple, on me présente régulièrement comme l’ « amie-voyante ». C’est mon étiquette. À cette annonce, certains sont réticents, et ont parfois « peur » de ce que je pourrais voir. L’image de la sorcière demeure. Et puis, il faut en permanence se justifier, comme si dans ce milieu, il y avait une « obligation de résultat ». Pourtant, dans la voyance comme ailleurs, la marge d’erreur existe. Si parmi les dix flashs que j’ai, seulement huit se prédisent, la personne aura tendance à retenir en premier lieu les deux qui ne se sont pas réalisés. C’est pénible, mais je comprends cette crainte, car dans ce domaine, le charlatanisme existe aussi.

En effet, la médiumnité souffre d’une image entachée par les escrocs Quel regard portez- vous sur la prolifération des sites de voyance sur Internet, par exemple ?

Cela m’énerve au plus haut point ! Certaines personnes profitent de la faiblesse des gens, et je trouve cela inacceptable. De plus, cela décrédibilise les voyants dits « sérieux », l’image de la voyance est salie. Comme mentionné plus tôt, je n’ai jamais voulu m’installer dans un cabinet, car il me paraît impossible d’enchaîner les consultations. En effet, lorsque je reçois mes amis, il s’agit d’une vraie rencontre, cela demande du temps, et j’en ressors fréquemment épuisée, extenuée. Je ne comprendrai jamais comment certaines personnes peuvent multiplier les consultations au fil de la journée. Cela ne me paraît pas sérieux.

Enfin, quels conseils donneriez-vous à une personne qui s’apprête à aller voir un voyant pour la première fois ?

Encore une fois, je lui conseillerais de se fier à son intuition. Comme pour toute rencontre dans la vie, il faut le sentir, avoir une bonne intuition. Lors d’une séance, nous vivons une vraie rencontre, c’est un réel échange, c’est fort. Il faut avoir confiance, et se faire confiance. Il faut aussi savoir pourquoi on consulte. Je conseillerais aussi de faire attention aux temps des prédictions. Le temps de la médiumnité n’est pas linéaire, et lorsque je « vois », je n’ai pas toujours de repère temporel. Je m’attache à un temps, une saison. Il peut arriver que je voie un chiffre, par exemple, qui m’indique une date, mais ce n’est pas toujours aussi précis. Je fais aussi avec mon intuition, avec ma façon d’appréhender les éléments. Lorsqu’on consulte un voyant, on est souvent en demande ou en période de fragilité, et on est pressé de voir les prédictions se réaliser. Il faut accepter que cela puisse prendre du temps.

Propos recueillis par Constance Périn

 

    L’avis de Claude-Éric Martin, psychanalyste

Zone de Texte: Claude-Éric Martin a préfacé l’ouvrage de Valérie Fauchet. Psychanalyste, il met en avant les échanges possibles entre la psychanalyse et la voyance, et la richesse qui s’en dégage. Il considère en effet que la voyance est un moyen d’accéder à l’inconscient, tout comme la psychanalyse, l’art ou encore l’écriture… car au centre, il y a un dénominateur commun : l’humain.
Comme l’explique le spécialiste, toute civilisation a besoin d’établir un lien entre le conscient et l’inconscient, entre l’ici et l’ailleurs. Les chamans, par exemple – ou même le théâtre antique à son époque, avec sa fonction cathartique – permettent à l’humain d’explorer ces zones d’inconnu : ils sont l’intermédiaire. Aujourd’hui, la société est en manque de repères, constate-t-il, et l’humain cherche à rétablir cet équilibre, à retrouver le lien avec son inconscient, afin de demeurer au centre de sa vie. Dans cette quête, la voyance a, à son sens, un vrai rôle à jouer. Car dans le livre de Valérie Fauchet, en effet, certaines phrases font étrangement échos à la psychanalyse : se plaçant avec « un regard à la fois bienveillant, neutre et ouvert », la voyante explique qu’elle souhaite avant  tout « aider les gens qui s’interrogent », comme le fait un psychanalyste. Elle chercher à « débloquer certaines situations », à « voir l’accident de leur passé affectif qui les bloque ». En « voyant » des épisodes marquants de leur passé, Valérie Fauchet cherche à guérir leur présent. Claude-Éric Martin croit en cette autre façon de faire parler l’inconscient pour réparer les conflits intérieurs, il croit à cette « logique en arborescence », qui fait davantage appelle à l’instinct. Pour lui, les disciplines sont complémentaires, et par un recoupement, l’humain en tire un réel profit.

 

1 commentaire
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Schutt
- il y a 7 mois
Bonjour je pensée récupérer mon conjoint et je suis vraiment mal

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