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Journal Spécial des Sociétés
Entretien avec Laurent Caruso, nouveau bâtonnier de l’Essonne
Publié le 19/01/2021 09:29
Élu le 25 juin dernier, le nouveau bâtonnier du barreau de l’Essonne, Maître Laurent Caruso, a officiellement pris ses fonctions le 1er janvier dernier. Suite au passage de bâton, nous avons souhaité interroger le nouveau porte-parole des avocats du 91 pour la période 2021/2022 sur ses motivations en tant que bâtonnier, sur le statut d’avocat en entreprise qui pourrait prochainement être expérimenté, comme l’a annoncé le garde des Sceaux début novembre, mais aussi sur la crise sanitaire et son impact sur la profession.


Pour commencer, pouvez-vous revenir sur votre parcours ?

 

J’ai prêté serment le 30 juin 2004 et ai débuté en tant que collaborateur au cabinet de Maître Jean Michel Scharr, où jai pu commencer à apprendre le métier davocat dans de très bonnes conditions.

J’ai ensuite eu l’occasion de m’installer en 2006 à Évry, où jexerce encore aujourd'hui en cabinets groupés avec deux consœurs sympathiques et très compétentes, Stéphanie Pedro et Célia Danielian.

Mon activité dominante, et exclusive, est le droit pénal, c’est-à-dire que je suis amené à plaider au tribunal de police, mais surtout devant le tribunal correctionnel et la cour d’assises.

Je suis par ailleurs membre d’honneur de l’Union des Jeunes Avocats de l’Essonne (1er syndicat de France et apolitique) dont j’ai assuré la présidence pendant plusieurs années au cours desquelles j’ai essayé de défendre les intérêts professionnels des confrères.

J’ai été élu au Conseil de l’Ordre pour y siéger à compter du 1er janvier 2016 pour trois ans avec une réélection en 2018, et j’ai notamment eu la confiance des bâtonnières Hélène Moutardier et Sylvie Franck pour assumer la responsabilité de la commission pénale du barreau.

 

Pourquoi avez-vous choisi de vous présenter au bâtonnat ?

 

Mon parcours de militant syndical, puis d’élu ordinal, m’a amené à beaucoup m’investir, ma candidature m’apparaissait par conséquent comme une suite logique à cet engagement auprès des confrères.

Après une longue réflexion, compte tenu du contexte actuel qui annonce une très lourde responsabilité en tant que bâtonnier, jai décidé de soumettre ce choix aux confrères, non sans être encouragé par certains dans cette démarche.

 

Sur quelles priorités souhaitez-vous construire votre mandat ? Quelle orientation souhaitez-vous lui donner ?

 

Si la crise sanitaire nous le permet, je voudrais reconstruire du lien entre les confrères, dans l’espoir d’une cohésion du barreau plus forte et plus humaine, afin de compenser les conséquences de la dématérialisation qui ne cesse d’éloigner l’avocat de l’enceinte judiciaire.

Je souhaite également être un bâtonnier accessible et proche des confrères, la porte du bâtonnier sera donc toujours grande ouverte pour venir me voir.

Sur le plan institutionnel, j’entends poursuivre le travail de mes prédécesseurs qui ont su entretenir d’excellentes relations avec les chefs de juridiction, Monsieur le président Benjamin Deparis et Madame la procureure de la République Caroline Nisand, lesquels ont à cœur de rester à notre écoute pour favoriser la nécessaire collaboration des acteurs du monde judiciaire.

Je m’efforcerai de le faire également avec les autres présidents de juridiction et la directrice de greffe.

Enfin, je serai particulièrement attentif aux atteintes portées aux libertés et aux droits de la défense, car c’est encore trop souvent le cas aujourd’hui. Le dernier exemple en date étant l’ordonnance du 18 novembre 2020, qui permet notamment le recours généralisé à la visioconférence en matière pénale, nous ne pouvons l’accepter !

Le fait que cette ordonnance soit portée par le ministre de la Justice est d’autant plus inquiétant, car en sa qualité d’avocat pénaliste, il aurait certainement été en première ligne pour s’opposer à cette ordonnance.

Nous savons ainsi que nous ne pouvons avoir confiance dans la politique gouvernementale car entre les projets de réforme des retraites, toujours en suspens, et les coups de boutoir portés contre les droits de la défense, ainsi que la réforme très insuffisante pour ne pas dire dérisoire de l’Aide Juridictionnelle, nous sommes loin d’être rassurés sur les perspectives de notre profession.

C’est pourquoi il sera important que le bâtonnier soit également présent sur le terrain pour défendre les confrères en toutes circonstances, par exemple lors d’incidents au cours d’une audience.

 

À l’heure de la crise sanitaire, comment envisagez-vous l’accompagnement de la profession ?

 

En ces temps difficiles, le bâtonnier doit veiller à éviter l’isolement des confrères qui seraient affectés par la situation économique et qui n’oseraient pas pousser la porte du bâtonnier.

Par ailleurs, je continuerai à faire ce que le barreau a toujours fait, à savoir aider les confrères dans leurs relations avec les organismes chargés du recouvrement de nos (trop) nombreuses charges professionnelles puisqu’elles représentent entre 60 et 65 % (voire plus) de notre chiffre d’affaires.

Les bâtonniers successifs ont toujours cherché à rencontrer les confrères pour étudier avec eux les possibilités existantes et les accompagner dans leurs démarches, j’en ferai de même.

J’aimerais également faire davantage connaître notre barreau et ses avocats, pour permettre aux justiciables d’être mieux informés sur nos compétences, dans l’espoir que mes confrères soient reconnus et sollicités pour intervenir auprès du plus grand nombre.

 

En plus de la crise sanitaire, le pays est frappé de plein fouet par une crise économique et sociale. Dans ce contexte inédit, quel est, selon vous, le rôle de l’avocat ?

 

La Justice est un pilier de la démocratie. Dans ce contexte, l’avocat est amené à jouer un rôle encore plus important dans la défense de tous et être le rempart contre l’arbitraire.

Hélas, le coût des honoraires peut décourager et l’accès au droit reste un enjeu majeur dont l’État refuse d’en prendre la mesure, notre actuel garde des Sceaux, qui s’enorgueillit de son budget, est très loin du compte.

À titre d’exemple, l’ANAAFA (organisme de gestion agrée des avocats) estime que sur 1 200 euros versés par le client, il reste à l’avocat seulement 350 euros qu’il convient de ramener aux nombre d’heures nécessaires à la mission confiée.

Autre exemple, un avocat qui intervient à la commission d’office pour une personne convoquée devant le tribunal correctionnel a droit à une indemnité de 256 euros brut (entre 110 et 130 euros net environ) pour toute la procédure (rendez-vous, étude du dossier, audience) soit plusieurs heures de travail et donc un taux horaire de 10 à 20 euros ne couvrant absolument pas les charges de nos cabinets.

Cet exemple est loin d’être une exception, car cette réalité concerne toutes les missions dévolues à l’avocat au titre de l’aide juridictionnelle.

Ainsi, alors que l’avocat en cette période doit prendre toute sa place auprès de tous et surtout des plus démunis, ces obstacles nous empêchent de jouer complètement notre rôle et nous ne pouvons que le déplorer.

 

Quelles actions retenez-vous de votre prédécesseure, Madame la bâtonnière Sylvie Franck ?

 

Madame la bâtonnière Sylvie Franck a dû faire face à des évènements exceptionnels (grève hors norme pendant deux mois, crise sanitaire) qu’elle a parfaitement gérés.

Elle a pleinement assuré son rôle de bâtonnière et j’espère pouvoir en faire autant.

Elle a été chaleureusement félicitée par le Conseil de l’Ordre, et plus généralement par les confrères, il convient toutefois de ne pas oublier l’action des bâtonniers précédents, car chacun constitue un maillon important de la chaîne de transmission des valeurs traditionnelles de notre profession.

 

Comment décririez-vous le barreau du 91 ?

 

Le barreau de l’Essonne est un barreau à taille humaine, convivial et sous-évalué par les justiciables qui pensent souvent que des avocats d’autres barreaux vont être meilleurs.

Pourtant, de plus en plus d’avocats du barreau sont des spécialistes dans leurs domaines d’intervention, et nous connaissons bien notre juridiction, ajouté au fait que nous avons également de très bons praticiens, j’estime que c’est un barreau qui mérite d’être davantage reconnu pour sa compétence.

 

Numérisation, algorithmes, legaltech… Comment envisagez-vous l’avocat de demain ? Et comment envisagez-vous d’accompagner la profession vers cette mutation ?

 

Depuis des années, ma ligne politique est de conserver nos valeurs et notre tradition en les adaptant, car modernité n’est pas toujours synonyme de progrès, et non en sacrifiant la déontologie sur lautel de la sacro-sainte Économie.

Or, les algorithmes et les legaltech constituent pour moi une forme certaine de déshumanisation et de reniement de notre déontologie. En tant qu’avocat humaniste, j’ai une défiance non dissimulée envers ces évolutions qui sous une apparence de progrès constituent la négation de ce qu’est un avocat.

La numérisation peut-être un outil intéressant car pratique, il convient toutefois d’être prudent car c’est aussi une source de dématérialisation des rapports et j’ai peur qu’un jour, les palais de justice soient complètement désertés par les avocats, cela a d’ailleurs déjà commencé.

C’est d’autant plus un risque que l’État nous chasse d’une manière sournoise, mais évidente, des salles d’audience et des palais.

Les avocats doivent lutter pour ne pas perdre leur place naturelle dans les enceintes judiciaires auprès des justiciables.

 

Quel regard portez-vous sur le statut de l’avocat en entreprise ?

 

Depuis toujours, je me suis opposé à l’avocat salarié en entreprise, qui n’est souhaité que par les avocats d’affaires, les juristes d’affaires et le Cercle Montesquieu, lesquels cherchent à imposer un statut antinomique à notre métier et son indépendance.

Sans l’appui du barreau de Paris sur ce sujet, les milieux d’affaires seraient bien en peine de porter cette réforme et la faire aboutir, la profession étant contre ce projet.

Cette tendance illustre bien la volonté d’une domination de l’Économie aux dépens du métier de la robe représentant pour moi l’essence de notre profession, j’invite ceux qui veulent devenir avocats salariés en entreprise à aller dans les pays anglo-saxons et laisser la grande majorité des 163 barreaux décider de notre avenir.

J’espère que notre garde des Sceaux n’oubliera pas son récent passé d’avocat de robe (qu’il reprendra probablement) et non avocat d’affaires. Hélas, la politique semble frapper d’amnésie les confrères occupant des fonctions de ministres ou de députés, et l’Histoire montre que nous sommes souvent trahis par nos proches.

 

Enfin, quel autre métier auriez-vous pu exercer et pourquoi ?

 

J’ai eu la volonté de devenir avocat dès l’âge de 11 ans, mais je suis également passionné de sport et j’aurais aimé être professionnel dans le tennis ou le football. Je ne regrette rien, car je suis fier de porter la robe d’avocat et d’exercer cette si belle profession.

 

Propos recueillis par Constance Périn
1 commentaire
  • 3 + 8 =
- le mois dernier
Un amis d'enfance qui est fière de sa réussite actuelle !!!
Jeff

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