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Journal Spécial des Sociétés
Entretien avec Viviane de Beaufort, fondatrice du Club Gen #Startuppeuse
Publié le 07/11/2019

Soutenir les entrepreneures responsables par le collectif et le numérique : tel est l’objectif du Club Gen #Startuppeuse. Fondé par Viviane de Beaufort, professeure à l’ESSEC Business School, ce Club accueille des projets à impact positif, portés par des femmes (ou en mixte). Celles-ci sont accompagnées par des expert.e.s (juristes, financiers, experts-comptables, investisseurs, coaches, mentors, business developers, designers, codeurs, etc.) dans le développement de leur projet. Pour en apprendre un peu plus sur les objectifs du Club, nous avons rencontré sa fondatrice, qui revient sur sa création, son fonctionnement et son développement, et sur le projet de Hakasprint #Women #Tech4good, lequel se tiendra le 20 novembre prochain.


 


Pouvez-vous vous présenter ?


Je suis d’abord et avant tout professeure titulaire de droit européen des affaires à l’ESSEC, depuis 30 ans, où j’ai pu développer des cours et des recherches transversales plutôt atypiques tant sur le lobbying que sur la gouvernance d’entreprise par exemple. J’ai cofondé le cursus droit, développé l’Executive MBA Essec & Mannheim, puis en 2007, mon engagement pour l’Égalite femme/homme m’a amenée, tout en poursuivant mes activités en droit, à développer divers projets dédiés, dont le Women Board Ready EXEC et des travaux relevant des « gender issues » ; et plus récemment en 2017, le Club Génération #Startuppeuse.


 


Justement, pouvez-vous nous en dire plus sur ce club. De quoi s’agit-il ? Comment est né ce projet ?


En 2017, j’ai publié le livre Génération #Startuppeuse ou la nouvelle ère chez Eyrolles, livre dédié à ma fille parce qu’elle a choisi, comme nombre de jeunes de la génération Y, de ne pas continuer sur une voie classique dans une corporate ou un cabinet de consulting pour tenter une aventure entrepreneuriale ; avec le souci de développer un impact positif. Dans cet ouvrage, j’ai pu valider des tendances qui permettent d’évoquer un phénomène générationnel, même si fonder une start-up n’est pas réservé aux trentenaires (au Club, on a huit projets de quinqua). Elles sont digital native, jouent collectif, sont à la recherche d’un impact positif, ont le goût de la liberté, éprouvent un sentiment de citoyenneté fort et à l’échelle de la planète.


Après ce livre, je me suis demandé comment, dans ma position, je pouvais aider la génération de « mes enfants » à entreprendre autrement. C’est donc un acte fort de transmission que de développer ce Club, peut-être le dernier de ma vie. J’éprouve le sentiment d’une grande responsabilité à l’égard des projets qui tentent de « sauver le monde ». Ce Club est dédié à des startuppeuses portant un projet à impact, les plus longs à faire émerger. Je fais appel au mécénat de compétences dans la bienveillance. Là où il est impossible de soutenir seule plus de deux ou trois projets, jouer ensemble en demandant un peu à chacun.e décuple le potentiel d’accompagnement. Nous avons développé un accompagnement à distance avec le numérique et in situ, collectif et individualisé en fonction des besoins de chaque projet.


 


Comment sont sélectionnées les start-up ? Par qui et selon quels critères, et à quelle maturité du projet ?


Le stade importe peu. Parmi les 44 dates, quelques-uns sont à peine structurés et en sont aux pactes d’associés et dépôt de marque et noms de domaines, d’autres ont du CA ou/et en sont à leur deuxième levée de fonds à 800 000 euros. Ils sont sélectionnés à partir de leur descriptif, des entretiens business, l’expression de leur impact même ébauchée ; une attention particulière est accordée à la personne par une coach. On doit se choisir mutuellement. Par ailleurs, je veille, et notre Charte l’acte, à éviter toute concurrence potentielle parmi les projets car il est impossible d’ouvrir son réseau personnel à des projets concurrents ; question d’éthique personnelle.


 


Comment se déroule l’accompagnement, et sur quelle durée ?


Il est de durée variable et plutôt long, puisque le Club a notamment été créé en réponse aux incubations qui, selon moi, sont souvent trop courtes et ne permettent pas à un projet d’émerger, lorsqu’on part du début et qu’en plus, on recherche un impact. Ces projets ont en effet, par essence, un business model complexe à trouver, et ont donc besoin d’un soutien permanent. J’ai l’habitude de dire que je fais couveuse, crèche, incubateur et accélérateur… selon le moment où elles les intègrent. Le Club pratique aussi la co-incubation avec des incubateurs ESS, comme Antropia ou La Ruche et des incubateurs TECH tel que Station F ou Arts et Métiers ou WAI-BNPP, ou encore sectoriels selon la nature du projet, etc. Le fait que ce soit bénévole, même si c’est très exigeant, permet, puisque je n’ai pas d’objectifs de retour sur investissement, sinon qu’elles réussissent, de donner ce tempo long à qui en a besoin et d’intégrer tant un projet dont les statuts ne sont même pas déposés, qu’un autre qui a déjà dix salariés et en est à sa troisème levée en Europe.


 


Qui sont les experts qui les accompagnent ?


L’objectif est d’éviter les « trous dans la raquette », je fais donc appel (call to action) à des expert.e.s
dans tous les domaines : avocats et experts-comptables de manière assez classique, mais aussi des coachs car accompagner le mental est important, des UX designers pour les aider à construire des sites web attirants et bien structurés, plusieurs des plus grands experts impact ODD de France, des investisseurs, etc.


 


Les entrepreneures que vous accompagnez sont initiatrices de projets responsables. Ce critère était-il fondamental lors de la création du Club ? Pourquoi ?


Oui, il l’a toujours été, puisque c’est en regardant vivre le projet de ma fille Marine,
@voyagir, consacré au tourisme durable, que j’ai pris cet engagement d’aider les projets à impact, même si au début, je regardais seulement l’effet positif potentiel. On a désormais une démarche beaucoup plus aboutie que j’ai mis un peu de temps à finaliser. Il s’agit de les accompagner à s’exprimer et même à chiffrer à partir des indicateurs Objectifs de Développement Durable de l’ONU. Cela a pris un an de travail avec trois expertes du Club, dont Marine, qui, pour le coup, a donné du temps d’experte, conformément à la philosophie du Club « l’art de donner et recevoir ». Ce guidelines ODD a été testé et amélioré. Un premier HackaSprint, le 20 novembre prochain, va permettre pour 12
des projets de valoriser leur impact et ensuite, on déploiera pour les autres. L’enjeu est important au moment où la finance responsable se développe.


 


Votre Club mise fortement sur le collectif ?


Mutualiser et échanger sont aussi les clés pour monter à bien un projet. C’est bien pour cela que dans mon livre, j’évoque une génération (celle de nos enfants) qui joue naturellement collectif et avec d’autant plus de facilité qu’elle dispose des réseaux sociaux. C’est un véritable changement d’attitude à grande échelle que de mutualiser, partager, échanger, y compris avec les concurrent.e.s perçu.e.s comme des coopétiteurs et coopétitrices qui se battent pour les mêmes objectifs, chacun.e à sa manière. Au Club, ce jeu collectif et d’entraide, on le développe avec le jeu de la Charte qui précise qu’il faut penser à donner aux autres startuppeuses. On organise des ateliers où elles échangent. La démarche d’impact par exemple fait évidemment l’objet d’un suivi individuel, mais aussi de réactions aux projets des autres. Quand il y a eu l’application du RGPD, les deux qui étaient en avance, car leurs projets comportaient des données sensibles, ont fait part de leur expérience, au-delà des conseils de nos avocates.


 


Vous êtes en partenariat avec Wirate, une plateforme qui assure la fiabilité des données d’un projet, informations utiles pour les personnes qui souhaiteraient en accompagner financièrement le développement. Pouvez-vous nous en dire plus ?


Lorsque j’ai pensé à créer ce Club, j’avais un problème de moyens (que j’ai toujours d’ailleurs), puisque tout repose sur le bénévolat et que je dispose de fort peu de financements. Or, la dimension numérique est incontournable, car elle permet de la flexibilité, à la fois géographique (nous ne sommes pas limités à Paris et l’Île de France, on suit huit projets en territoires dont trois à Montpellier, un au Luxembourg, un au Pays-Bas, et bientôt des projets situés en Afrique) et temporelle (les experts doivent pouvoir aider quand ils le peuvent). J’ai donc cherché une plateforme susceptible d’héberger le Club. J’ai été séduite par le concept de crowdrating de Wirate. Patrick Cantelli, le fondateur, a été lui-même séduit par l’idée de consacrer un Club sur sa plateforme à des projets à impact crée par des femmes, qui au-delà de l’évaluation des projets apporte aussi un accompagnement. Depuis, je suis entrée au Conseil de surveillance, car Wirate se développe vite et s’inspire de l’expérience client du Club Gen #Startuppeuse, dont Patrick est un expert, comme Alexandre, son associé et expert en sites web. Le crowdrating permet de manière au départ assez intuitive d’identifier le potentiel d’un projet. Après trois ans, je peux affirmer que ces notes collectives reflètent vraiment bien la capacité à se développer des start-up. Depuis, Wirate a développé des outils plus fins comme Wisize (étude de marche) ou Weteam (composition de l’équipe de la start-up)
et on espère évidemment mener à bien un WIImpact avec nos travaux du Club.


 


Le Secrétaire d’État chargé du Numérique, Cédric O, a déclaré : « En France, ce seront plus de 25 000 emplois directs qui seront créés par les start-up en 2020. » Qu’en pensez-vous ?


J’ignore si ces projections chiffrées sont exactes et j’avoue me sentir démunie face à demain, d’autant que la réalité, c’est qu’il y a également des projets qui échouent. Ce qui est vrai en revanche, c’est que les start-up bien accompagnées dès le début multiplient leurs chances de se développer. Alors continuons ce combat pour l’économie et l’emploi et le développement de projets à impact qui n’est autre qu’une traduction différente du concept d’entreprise à mission de la loi PACTE.


 


Dans Les Échos, on pouvait lire que l’année 2019 « devrait se terminer aux alentours des 5 milliards d'euros levés par les start-up tricolores ». Quel regard portez-vous sur cette « hypercroissance » ?


Chaque semaine, on a les chiffres des levées de fonds. Après avoir suivi un minimum, je zappe, car il me semble qu’il faut faire extrêmement attention à cette vague de levées, parce qu’il y a de l’argent facile. Une start-up peut ou non avoir besoin, de lever des fonds. Si elle en a besoin notamment pour développer de la R&D, ou parce que son business model n’est pas encore trouvé, très bien, qu’elle le fasse en effet, mais étape par étape.
La course aux levées crée une bulle start-up
qui, si elle explose en France, fera des dégâts considérables. Un certain nombre de projets n’ont pas besoin de levée pour se développer. C’est un questionnement quotidien au sein du Club que d’identifier si un projet a besoin de lever des fonds, quel montant, mais également dans quelles conditions. On a pu rattraper plusieurs fois des négociations démarrées en tordant le bras de la start-up soit financièrement, soit relativement à la vision qu’elle avait du projet et notamment de l’impact.


 


Quels sont vos projets à venir ?


Très immédiatement ? Mon objectif est de faire une réussite du Hakasprint #Women, #Tech4good que le Club organise sous l’égide du Womens’ Forum, le 20 novembre prochain avec 12 de nos start-up. Comme évoqué précédemment, elles ont depuis début septembre travaillé sur leur impact à partir d’un guidelines qu’on a mis un an à rédiger à partir des ODD (ONU), avec des experts bénévoles d’Antropia ESSEC, Act4impact, Novethic, Orange RSE, Alter Equity, Raise Impact, Own your cash, FEST et d’autres. L’enjeu est double : tester notre guide pour les startuppeuses, cet échantillon de 12 permettra ainsi de déployer auprès des autres et leur donner le moyen et de mesurer et communiquer de manière lisible sur leur impact, (enjeu de plus en plus crucial de la nouvelle économie) et associer plusieurs partenaires engagés sur l’impact pour porter cette initiative en communication et ainsi promouvoir en France l’impact et les ODD trop peu valorisés encore. Le besoin est là et tant Onu Femmes que BPIFRANCE nous parrainent.


À plus long terme, je voudrais créer des conditions de développement pérenne du Club. Tant avec des financements qu’avec des moyens humains, mais surtout travailler encore davantage en mode collaboratif, car il est inutile de recréer des structures d’accompagnement existantes. On peut tout faire en co-incubation, co-articulation, co-construction… Avec un peu de bonne volonté et en portant une vision partagée.


 


Propos recueillis par Constance Périn


 


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