ACTUALITÉ ÎLE-DE-FRANCE

(78) Après des JO réussis, la cour d’appel de Versailles inquiète de l'instabilité gouvernementale

(78) Après des JO réussis, la cour d’appel de Versailles inquiète de l'instabilité gouvernementale
Publié le 09/09/2024 à 16:12

Le premier président et le procureur de la République s’inquiètent d’un manque de visibilité sur les recrutements et craignent que les promesses inscrites dans le plan d’action issu des États généraux de la justice et gravé dans le marbre par la loi de programmation ne soient pas tenues.

« La période n’est simple pour personne. » Jean-François Beynel est préoccupé en cette rentrée. La cour d’appel de Versailles a pourtant passé un été dynamique avec l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 (pas encore terminés au moment de notre rencontre avec la cour d’appel, le 2 septembre), en partie sur le territoire de son ressort avec des sites de compétitions situés à Versailles, Élancourt, Guyancourt, Nanterre, Montigny-le-Bretonneux et Colombes.

Une période qui s’annonçait chargée pour la cour d’appel, qui avait déployé de grands moyens : doublement des comparutions immédiates à Pontoise et Versailles, triplement à Nanterre, renforcement des permanences de traitement en temps réel du parquet, dédoublement des permanences des juges des libertés et de la détention, des juges des enfants et des juges d’instruction.

Pour assumer cette charge de travail, 50 magistrats ont été appelés en renfort, dont 24 pour le parquet. La juridiction a également pu compter sur le secours de 85 greffiers, 150 experts (interprètes ou médecine légale par exemple) et 110 avocats.

Mais finalement, l’activité est restée relativement réduite, avec peu de faits concernant les JO : seules 46 mesures de garde-à-vue entre le 24 juillet et le 14 août étaient en lien avec les Jeux (troubles à l’ordre public, infraction visant des personnes exerçant une mission d’intérêt public comme les forces de sécurité intérieure). Sur ces 46 personnes interpellées, 26 ont fait l’objet de poursuites pénales, et 2 ont bénéficié de mesures alternatives aux poursuites.

Dans les Yvelines plus précisément, 17 gardes-à-vue ont été recensées, pour 9 magistrats supplémentaires au siège et 5 au parquet, ainsi qu’une quinzaine de fonctionnaires venus en renfort.

« En cas de coupes budgétaires, serons-nous en capacité de continuer à disposer des effectifs nécessaires ? »

Mais selon le procureur de la République Marc Cimamonti, l’activité hors Jeux a elle été soutenue, causant des retards considérables en matière d’audiencement criminel : « La situation est en train de devenir hors contrôle. » Le délai entre la mise en accusation et le procès approche désormais les deux ans.

C’est également la situation politique et la crise budgétaire qui s’annonce qui inquiètent particulièrement le premier président et le procureur de la République, alors qu’un optimisme régnait après le plan d’action présenté à la suite des États généraux de la justice, notamment avec une loi de programmation jugée ambitieuse. « En cas de coupes budgétaires, serons-nous en capacité de continuer à disposer des effectifs nécessaires ? », se demande Marc Cimamonti. « Nous avons moralement pris des engagements, vis-à-vis des collaborateurs, des collègues, et des justiciables sur le renforcement des assises et de la correctionnelle, la diminution des délais aux affaires familiales et la création d’équipes autour des magistrats », argue Jean-François Beynel pour demander que puissent être respectés ces engagements. Pour l’heure, la cour d’appel reste néanmoins prudente sur les engagements financiers, d’autant plus que le recrutement d’un magistrat prend environ 6 mois. « Notre visibilité est nulle », se désole Marc Cimamonti, en colère contre un mouvement de personnels dans d’autres juridictions : « Par moments, j’en ai marre ! Les détachements pleuvent, et on ne pique pas des fifrelins. » Pour les JO, l’effectif cible promis n’a jamais été atteint.

Pas question pour autant pour Jean-François Beynel de s’apitoyer sur le sort de sa juridiction : « Ce n’est pas un discours larmoyant mais un discours de crédibilité de l’État. Nous ne disons pas que tout peut s’écrouler. »

Un équilibre mis à mal par la dissolution

L’instabilité gouvernementale (le premier ministre Michel Barnier n’étant pas encore nommé au moment de notre rencontre avec la cour d’appel) accentue cette inquiétude. Le premier président craint un manque de vision de long terme du fait de cette instabilité : « Fin 2023, nous avions un équilibre pour aboutir à des délais plus courts. C’est ce qui a été le fruit de la discussion politique. Nous sommes maintenant dans une période où on ne sait pas où est cet équilibre. »

Dans le cadre du plan d’action issu des États généraux de la Justice, la Chancellerie avait promis la création de 74 postes de magistrats, 54 postes de juristes assistants et 85 postes de fonctionnaires d’ici 2027. La cour d’appel avait, à la suite de cette promesse, formulé des propositions d’affectations pour ces nouveaux postes. Proposition acceptée à l’époque par le ministère de la Justice. « Pour que ceci fonctionne, il faut que le ministère de la Justice ait des fonds pour lancer les recrutements », prévient Jean-François Beynel, qui s’interroge sur le nombre de recrutements d’auditeurs de justice au sein de l’École nationale de la magistrature (ENM) pour 2025. « Si l’État ne maintient pas le même nombre de recrutements qu’en 2024, il ne parviendra pas à maintenir son cadencement jusqu’en 2027. »

Pour l’an prochain, la priorité du premier président est d’améliorer la correctionnelle, accélérer les décisions du juge des affaires familiales et régler plus rapidement les décisions dans les cours criminelles départementales et les cours d’assises. Des projets qui pourraient nécessiter de nouveaux moyens, mais Jean-François Beynel prévoit d’arbitrer en fonction des recrutements qui seront finalement autorisés.

Le projet de loi de finances pour 2025, probablement présenté au cours du mois d’octobre, devrait permettre de répondre à une partie des interrogations de la cour.

Alexis Duvauchelle

0 commentaire
Poster
IDF
JO

Nos derniers articles