SOCIÉTÉ

Associations d’aides aux femmes : face à la baisse des subventions, des permanences juridiques supprimées

Associations d’aides aux femmes : face à la baisse des subventions, des permanences juridiques supprimées
Publié le 28/08/2025 à 17:57

Un rapport de la Fondation des femmes rendu public ce mercredi alerte sur la fragilité financière des associations féministes, à l’heure des grands choix budgétaires. Face à la baisse des subventions, les structures réduisent leur activité, en particulier juridique, et dans les zones rurales, où le taux de prévalence des féminicides est particulièrement élevé. « Les orientations actuelles conduisent mécaniquement à moins de femmes protégées, et davantage de vies en danger », prévient l’ONG.

« 2025 semble marquer la fin de la période de soutien à la lutte contre les violences conjugales qu’avait initiée le Grenelle », alerte la Fondation des femmes dans une enquête inquiétante publiée ce mercredi 27 août, et réalisée auprès de 148 associations d’aide aux femmes, dont près de 122 interviennent directement auprès du public.

Dans son rapport, l’ONG décrit un tissu associatif féministe asphyxié, aux prises avec « un contexte budgétaire particulièrement dégradé, sans précédent depuis quinze ans ».

Selon les chiffres avancés dans le rapport, près de trois quarts des associations interrogées déclarent que leur situation financière s’est détériorée à cause des baisses de financement et des retards de versement. Les associations d’aides aux femmes ont vu leurs subventions diminuer de 15 % depuis le début de l’année 2025 par rapport à 2024, ce qui représente une perte nette de 6,7 millions d’euros.

Un « saupoudrage » néfaste des financements

En cause : le recul majeur du financement par les départements, « aujourd’hui l’un des principaux financeurs des associations d’accompagnement des femmes victimes de violences, avec des montants souvent bien supérieurs à ceux engagés par les communes », souligne le rapport. Le département est en effet chef de file institutionnel de l’action sociale depuis la loi du 13 août 2024, ce qui inclut la prévention et la lutte contre les violences intrafamiliales.

L’Etat semble aussi concerné puisque 26 % des associations de l’échantillon témoignent de subventions en baisse de la part du ministère des Droits des femmes.

« Si le budget du Ministère des droits des femmes a augmenté tous les ans depuis 2017, rappelle l’ONG, cette hausse s’est aussi traduite par l’augmentation du nombre de projets financés », ce qui conduit à « un saupoudrage des financements (…) sans réflexion apparente sur l’impact de ce mode de fonctionnement sur les femmes victimes de violences ».

Plus de 6000 femmes ne peuvent plus être accompagnées

Fragilisées par l’incertitude financière, la moitié des associations répondantes ont réduit leur activité. Plus de 6000 femmes ne peuvent plus être accompagnées, soit une moyenne d’environ 50 femmes et enfants par association.

Un tiers des associations qui travaillent au contact des femmes ont fermé des permanences, quand la moitié d’entre elles ont déjà réduit leur masse salariale ou envisagent de le faire, d’après l’enquête.

Avec des conséquences très directes sur l’accès au droit et les permanences juridiques. « A titre indicatif, une coupe de 6,7 millions de budget représente 150 postes de juristes », détaille Laura Slimani, directrice du pôle Projets à la Fondation des femmes. 

Juristes licenciés, permanences fermées ou « en mode dégradé »

Une rapide tour d’horizon des Centres d’information sur les droits des femmes et des familles (CDIFF), premier réseau de proximité pour l’accès au droit pour ce public en France, permet de se rendre compte des dégâts sur le terrain.

« Moins de permanences juridiques seront proposés à Brest, et nous avons fermé notre antenne à Morlaix », précise Emilie Dubreuil, directrice du CDIFF Finistère. Face à la baisse de ses moyens, la structure a dû licencier 6 personnes, dont une juriste. Une seconde en CDD n’a pas été renouvelée. « Mais au vu de la grande précarité et de vulnérabilité du public sur le territoire de Morlaix, nous nous sommes réorganisées pour proposer une permanence, un jour par semaine. Nous ne pouvons nous résoudre à une rupture totale de l’accompagnement. »

Au CDIFF de l’Ardèche, « on navigue à vue » et on attend les prochaines vagues de financement de la cour d’appel ou de la préfecture pour se maintenir à flot. « Quitte à se mettre en difficulté », le centre a choisi de maintenir ses 27 permanences juridiques. « On opte pour une continuité de service. Nos poches ne sont peut-être pas encore tout à fait remplies, mais nos permanences oui. Le public reste ! », explique Nathalie Exmelin, sa directrice.

Les structures rurales particulièrement touchées

« Moins de juristes, cela signifie également des délais rallongés pour les prises de rendez-vous », insiste Laura Gadi, juriste au CDIFF de la Vienne, dont le poste en CDD n’a pas été renouvelé en cette rentrée.

L’association a perdu, en 2025, une subvention qu’elle touchait depuis trois ans de la part de la cour d’appel de Poitiers, juridiction pionnière dans la lutte contre les féminicides, combat porté jusqu’en 2024 par sa première présidente Gwenola Joly-Coz – partie depuis pour la cour d’appel de Papeete.

« La subvention du CDIFF 86 a été accordée à titre exceptionnel. Ces fonds ont été utilisés pour doter une association d’aide aux victimes. Partiellement, car le ministère ne nous a pas octroyé la totalité des besoins de subvention », explique la juridiction poitevine.

« 40 000 euros en moins dans un budget d’environ 500 000 euros, c’est conséquent », regrette pour sa part Anne Dessault, directrice du CDIFF 86, centre qui accompagné 1200 femmes en 2024.

Trois permanences sur 14 vont donc fermer : deux en territoire rural et une en quartier politique de la ville (QPV). « Or, les permanences en milieu rural sont les plus sollicitées par les femmes victimes de violences », déplore Anne Dessault.

« 72 % des associations situées en milieu rural et 75 % des associations dans les outre-mer sont contraintes de fermer ou de réduire les créneaux de certaines permanences, alors même que ce sont des territoires où le taux de prévalence des féminicides est bien plus élevé que dans la population nationale », rappelle, à ce titre, Laura Slimani.

« Derrière les politiques d’austérité, ce sont des vies de femmes victimes de violences, de femmes vulnérables et de leurs enfants qui sont touchées », alerte l’ONG.

Une « angoisse » pour les professionnelles

« Je me demande si notre métier existera toujours dans quelques années et si on pourra l’exercer dans des conditions qui nous permettent de répondre à la demande croissante », s’interroge Laure Gadi.

Diplômée en droit pénal, cette professionnelle multiplie depuis 2020 les contrats courts et précaires aux 4 coins de la France dans les structures d’aide aux victimes. Pour elle, cette rentrée est placée sous le signe d’une « très grande déception » et d’« une angoisse » pour l’avenir. « Cette précarité est éreintante psychologiquement », confie-t-elle.

La juriste se laisse jusqu’en septembre 2026 pour décider de changer ou non de voie professionnelle. « Cet énième CDD non-renouvelé contribue à précipiter ma décisionJ’adore mon métier mais je n’ai pas de perspective. »

Delphine Schiltz


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