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Journal Spécial des Sociétés
Réconcilier environnement et industrie - le point de vue du président de l’ADEME
Publié le 30/05/2020

Energie, déchets, mobilité… Dans l’industrie, de nombreux chantiers sont en cours pour des alternatives plus respectueuses de l’environnement. À l’occasion d’une conférence organisée par Origine France Garantie, Arnaud Leroy, président de l’ADEME, en a dressé un panorama, tout en soulignant les paradoxes liés à l’empreinte carbone.

 

Modalités de production, règles et fonctionnement de la distribution, remontée des circuits courts, enjeux de la compensation carbone… Ces dernières années, les enjeux écologiques viennent percuter l’économie. Pour en parler, Yves Jégo, fondateur de la certification Origine France Garantie, a convié, le 12 mars dernier à Paris, Arnaud Leroy, président de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie), autour du thème « Réconcilier environnement et industrie ». L’établissement public, placé sous la tutelle du ministère de la Transition écologique et solidaire et du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, se dit en effet « engagé dans la lutte contre le réchauffement climatique et la dégradation des ressources ». Disposant d’un budget de 800 millions d’euros et de plus de 900 personnes sur l’ensemble du territoire, y compris les Outre-Mer, l’ADEME « conseille, facilite et aide au financement de projets » dans de nombreux domaines.

 

Améliorer la performance énergétique dans l’industrie

Historiquement, l’ADEME s’intéresse entre autres aux différentes façons d’améliorer la performance énergétique dans l’industrie. Arnaud Leroy a ainsi évoqué le Fonds Chaleur, dispositif de soutien financier au développement de la production renouvelable de chaleur.

À ce titre, l’EPIC finance notamment de grandes chaufferies biomasse, aussi bien dans l’industrie que pour les collectivités. « On s’intéresse au devenir de la ressource forestière dans le pays, qui n’est pas en danger, malgré tout ce qu’on peut lire. On coupe moins de bois dans notre pays ne serait-ce qu’il y a 2-3 ans ! Mais la loupe médiatique donne l’impression que l’Hexagone est l’Amazonie bis », a déploré Arnaud Leroy.

Par ailleurs, ce dernier a constaté de la part des entreprises une demande croissante d’énergies vertes, mais aussi locales – que ce soit du bois, de l’énergie solaire ou éolienne, « qui permet d’accélérer le sujet de l’acceptabilité »,
a remarqué le président de l’ADEME. « On milite pour les ouvertures d’une partie du capital aux acteurs locaux. Sur les parcs éoliens, cela fonctionne bien. » L’éolien, c’est pourtant le sujet irritant du pays, a reconnu Arnaud Leroy. « On a pu dire que ce n’était pas recyclable. Or, 92
% d’une éolienne est recyclable ou revalorisable », a-t-il martelé.

« La France doit mettre les moyens pour financer la transition, et rendre compétitives les énergies renouvelables. Il faut aussi trouver une coercition réglementaire, pour arrêter le discount de l’énergie », a par ailleurs estimé le président de l’ADEME. Une transition toutefois rendue difficile par l’arrivée du coronavirus et son impact sur le cours du pétrole, s’est-il inquiété. Le gaz étant lui aussi très bon marché depuis quelques mois, cela ne manque pas d’influencer largement les choix économiques de nombreuses sociétés, qui préfèrent attendre quelques années pour amorcer leur transformation, malgré les ambitions qu’elles affichent.

 

Economie circulaire : une « vraie tentative de changement économique »

Autre grand axe d’intervention de l’ADEME : l’économie circulaire. Arnaud Leroy n’a bien sûr pas manqué de faire référence à l’adoption de la loi relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, promulguée le 10 février 2020 : loi « très ambitieuse », a jugé le président de l’ADEME, qui dispose d’une feuille de route pour la mettre en œuvre. « C’est délicat, car on vise un changement qui se compte en décennies ; une vraie tentative de changement de modèle économique, pour passer du linéaire au circulaire. »

L’ADEME agit notamment au travers du Fonds Déchets, qui soutient depuis 2009 les investissements de tri, de recyclage, de valorisation organique et énergétique : en la matière, l’objectif défendu par la loi relative à l’économie circulaire est d’atteindre 100 % de collecte des déchets recyclables d’ici 2025, et de rendre le tri plus simple.

L’EPIC se préoccupe également du gaspillage alimentaire, autre volet de la loi. « Les pertes sont énormes et entraînent des conséquences : on parle de plusieurs pourcentages d’émissions de gaz à effet de serre qui pourraient être évitées si on réduisait les pertes et le gaspillage alimentaire. Il faut y travailler sérieusement », a appuyé Arnaud Leroy.

Sur ce point, celui-ci a précisé que l’Agence accompagnait notamment les entreprises dans leur processus industriel. « On a travaillé avec des groupes alimentaires sur la question des pertes alimentaires dans le processus industriel, comme Delpeyrat, qui a d’ailleurs réussi à gagner des pourcentages de chiffre d’affaires de manière conséquente : entre 3 et 6 », a-t-il illustré.

« Il s’avère que la loi relative à l’économie circulaire, pour la première fois dans le monde, interdit la destruction des invendus », s’est par ailleurs réjoui le président de l’ADEME.

Pour mieux expliquer ce dont il est question, Arnaud Leroy a fait référence à deux grands acteurs de la vente sur Internet : Amazon et Cdiscount. Ces derniers achètent en effet des millions de produits non alimentaires qu’ils stockent dans de grands entrepôts logistiques, avant de les vendre sur Internet. Enfin, une partie. Ainsi, Amazon va par exemple acheter 46 millions de carafes mais ne va en vendre que 19 millions. Le reste étant détruit, car le renvoyer au producteur n’est pas une opération suffisamment rentable. « Il fut un temps où le stock restant était soit concassé pour être envoyé en décharge, soit enfoui, soit était destiné à des fours industriels. Aujourd’hui, tout cela va donc être interdit », a indiqué Arnaud Leroy. Ce dernier a toutefois précisé que des discussions sémantiques étaient toujours en cours, en vue d’un futur décret, concernant le sens du mot « destruction ».

« Sur ce sujet, la loi est là encore une vraie révolution, car Amazon devra peut-être revoir son business model, recourir à des producteurs plus locaux. On va voir ce que cela donne en termes d’impulsion pour un changement de modèle. »

Le président de l’ADEME a rapporté que l’Agence était « très satisfaite » d’une telle interdiction. « La destruction des invendus non alimentaires est notamment absurde pour les vêtements. C’est fou de voir ce que cela coûte, et de constater qu’une partie non négligeable de la production est brûlée car les modèles économiques font qu’il n’est pas suffisamment rentable d’acheter 5 000 pièces. Donc on en achète 15 000, en sachant pertinemment qu’on ne peut pas en vendre plus de 5 000. Ce sont des logiques complètement délirantes », a dénoncé Arnaud Leroy. « Le déchet et la destruction font partie du modèle économique. Il faut à tout prix qu’on sorte de ce schéma. »

D’autant qu’au niveau européen, la loi relative à l’économie circulaire a eu un certain écho, a-t-il souligné. L’Europe pourrait ainsi être « bientôt dotée d’un “paquet” économie circulaire qui reprendrait pour partie les dispositions et l’esprit de la loi », à l’instar de l’étiquetage environnemental – qui va désormais imposer en France – sur le modèle du NutriScore, de noter les vêtements en fonction de leur impact sur l’environnement.

« Depuis quelque temps, on se rend compte qu’on est happés par l’interdépendance des sujets liés à la transition écologique, on a donc adopté une nouvelle signature, Agence de la transition écologique », a informé Arnaud Leroy.

 

« Nous poussons pour les mobilités alternatives »

Un chantier important de l’ADEME concerne par ailleurs la mise en application par l’ensemble des filières de l’objectif « 2 degrés » contenu dans l’Accord de Paris, qui vise à limiter le réchauffement climatique. « La mise en œuvre est plus compliquée que de signer un bout de papier », a admis Arnaud Leroy. En matière de mobilité, par exemple, l’EPIC travaille avec des transporteurs, des constructeurs automobiles, en proposant des plans au secteur industriel.

« Nous poussons pour les mobilités alternatives, a assuré le président de l’ADEME. Avancer sur ces sujets, c’est la clef de la prochaine décennie en termes de réduction de gaz à effet de serre. »

Dans ce domaine, le président de l’EPIC a estimé que le gaz vert était « une réelle opportunité, malgré le surcoût par rapport au gaz qatari, russe ou américain. Ainsi, première région agricole d’Europe, la Nouvelle-Aquitaine a réalisé qu’elle pouvait être autonome en gaz d’ici 2050, faire rouler les 5 000 bus de la région au gaz vert, tout cela avec du gaz aquitain. »

L’Agence réfléchit aussi, avec plusieurs acteurs, aux vecteurs énergétiques alternatifs comme l’hydrogène. « À ce titre, nous avons financé une vingtaine de projets à l’échelle pays. On voit que cela fonctionne bien. Tout une filière française est en train de se mettre en place ! » Ainsi, la PME Safra est devenue le premier constructeur de bus à hydrogène, à fabrication 100 % française.

Par ailleurs, l’ADEME a lancé en 2018 un appel à projet intitulé « vélo et territoires ». « On a eu un succès au-delà de nos espérances, avec 300 dépôts de dossiers. Et pas forcément de la part de grandes villes comme Rennes, Nantes ou Strasbourg, mais parfois de petites villes qui voulaient rouvrir leurs chemins de campagne pour pouvoir mieux se déplacer. On sent une vraie bascule »,
a témoigné Arnaud Leroy. 

 

Les paradoxes de l’empreinte carbone

Le président de l’ADEME s’est également attardé sur la question de l’empreinte carbone, soit l’ensemble des émissions imputables à une activité ou une entité. « On parle beaucoup du transport, mais sur la problématique du CO2, le transport mondial représente assez peu d’émissions, ce qui rend les choses compliquées », a avoué Arnaud Leroy.

Ainsi, l’analyse des cycles de vie des produits montre que c’est en matière de production agroalimentaire que les impacts sont les plus importants. Une grande partie de notre empreinte carbone provient donc de notre alimentation. À ce titre, l’élevage est particulièrement émetteur de gaz à effet de serre, et l’agriculture extensive, mise en valeur pour ses nombreux avantages, n’est, en la matière, malheureusement pas plus vertueuse. « On s’aperçoit qu’une viande produite intensivement en Nouvelle-Zélande aura moins d’impact, en termes carbones purs, que l’agneau du Quercy. Le bœuf brésilien est meilleur en termes carbone qu’un bœuf de chez nous, du fait d’une concentration massive de la production. »

Autre paradoxe montrant toute la complexité de la transition, Arnaud Leroy a fait référence au débat actuel sur le verre : en vue de la fin du plastique, aura-t-on plus de bouteilles en verre ? Et, écologiquement, sera-t-il plus intéressant de faire circuler des bouteilles de verre depuis l’usine d’Evian jusqu’à Dunkerque où elles seront consommées, plutôt que des bouteilles en PET plus légères et plus simples en termes transports ?

« Ces paradoxes, nous y sommes confrontés dans chaque secteur »,
a souligné Arnaud Leroy. Autre exemple : les fibres recyclées. Bien qu’il y ait très peu de données disponibles sur ce sujet pour l’instant, un problème a été soulevé : on retrouverait des fibres de vêtements construits à base de fibres recyclées (polaires, sweat-shirts) dans l’eau de lavage issue des machines à laver. « Des personnes ont développé leur activité depuis 10
ans, fortes d’être à l’avant-poste de cette nouvelle fibre, en utilisant du plastique pour le recycler et en lui donnant une vraie plus-value technologique en combinant cela avec des fibres de coton naturel, etc. Si demain on arrive à la conclusion que ces fibres ont un impact négatif sur l’eau et donc sur la pollution par micro-plastiques dans l’océan, alors qu’il y a quelques années, on pensait que c’était la solution, c’est très compliqué, et la question se pose pour plusieurs marques qui ont fait ce choix »,
a regretté le président de l’ADEME.

Dans la même veine, quid de la signature carbone d’un bâtiment neuf par rapport à un bâtiment rénové ? En effet, même en construisant un bâtiment neuf, le plus moderne qui soit, avec toutes les technologies de réduction et d’efficacité énergétique, la mobilisation de la ressource de base, pour construire les arêtes du bâtiment, fait que le poids carbone est important, a indiqué Arnaud Leroy. Ce dernier a notamment cité une étude récente de l’ADEME : la construction, par rapport à une rénovation complète de bonne facture, serait… 70 à 80 fois plus émettrice en termes de gaz à effet de serre. Encore une preuve, s’il en fallait, qu’en la matière, même en se prévalant des meilleures intentions, les résultats ne sont pas dépourvus de biais.

 

 

Bérengère Margaritelli

 

 

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